LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE H
ciêres, ce n'est que par délégation des villes féodales qui, affranchies du joug des seigneurs et devenues, par le fait môme de leur émancipation, partie intégrante de la féodalité, avaient droit, comme tous les feudataires, de donner leur avis sur les levées, alors si fréquentes, de subsides et d'impôts. En dehors de ces convocations accidentelles, les bourgeois n'avaient dans la vie publique aucun rôle analogue à celui que le progrès du temps leur a donné.
Contrairement à ce qu'ils ont eu plus tard le droit de faire dans certaines circonstances, ils se tenaient à l'écart et semblaient comprendre qu'ils étaient encore, par rapport à leurs anciens maîtres, dans un état d'infériorité. Ils se faisaient remarquer, dans toute leur conduite, par un mélange de réserve et de fermeté, de modestie et de confiance, d'humilité dans le langage et de loyauté dans l'action. Ils n'affrontaient certaines entreprises qu'avec embarras et timidité. L';dée d'une responsabilité quelconque les troublait et les tourmentait. On aurait dit qu'à ces époques si rapprochées de leur affranchissement, ils regrettaient presque leur ancienne condition, parce qu'ils ne savaient que faire de leur liberté. Aussi n'inspiraient-ils aucune inquiétude à ceux qui les élevaient du néant à la vie civile : on ne voyait en eux que des affranchis ; on n'y prévoyait pas de futurs souverains.
Toute leur intelligence, toute leur énergie, tout leur dévouement, étaient exclusivement consacrés à la défense des intérêts de leur ville ; et comme ils avaient souvent à lutter dans cet étroit espace, et avec des ressources limitées, contre des seigneurs vigoureusement armés et traînant à leurs trousses toute une armée de vassaux et d'arrière-vassaux, ils devaient déployer,
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dans ces lottes formidables, une încrojable perséTérance et un coura;;e hêruîjne. Il fallait Toir arec quelle résolution cirs marchands, ces labourears, ces boutiquiers, ces industriels reTétaient la coite de maiileset saisissaient la pique ou Tarquebuse poar Toier an secours de leur ville assiégée. Alors on pouTaît juger, par Tèner^ie qu*ils déploraient dans ces tristes circonstances, de la fermeté arec laquelle ils reyendiqueraient un jour leur part dans la défense et le gonyernemenl du pays.
En dehors de ces circonstances dont les mœurs de Tépoque amenaient trop souvent le retour, les bourgeois vivaient tranquilles dans Tintérieur de leurs murs, à Tabri de leurs bastions, attendant avec patience rheure des réunions quotidiennes, sur la place publique où à Thôtel de ville, que leur annonçaient régulièrement les volées ou le tintement du beffroi de l'église. C'est là que se développait en eux c cet es- < prit qui a joué un si grand rôle dans notre histoire, « cet esprit peu ambitieux, peu entreprenant, timide c même, et n'abordant guère la pensée d'une résis- « tance définitive et violente, mais honnête, ami de • l'ordre, de la règle, persévérant, attaché à ses droits, « et assez habile à lesfairé, tôt ou tard, reconnaître « et respecter. » (M. Guizot.)
Dans les villes gouvernées au nom du roi par des baillis, prévôts ou autres agents du pouvoir central, cet esprit de réserve, de prudence et de modestie, auquel la bourgeoisie française doit la plus grande partie de son élévation et de son influence, se faisait peutêtre encore plus sentir que dans les communes complètement libres. La présence incessante des officiers de la couronne, dans ces villes privilégiées, contribuait