LIVRE QUATRIEME. CHAPITRE II
à la sécurité de leurs habitants, et la surveillance dont ces oiiiciers eux-mêmes étaient à chaque instant l'objet devenait une sûre garantie de leur bonne administration. Certains de n'avoir à subir aucun abus de pouvoir de la part de ces agents sur qui le roi, pour les contenir et les modérer, tenait soigneusement la main, les bourgeois se livraient sans crainte à leurs occupations habituelles et se préparaient dans Tombre, le silence et le travail, aux grandes destinées que leur réservait l'avenir.
Leur sécurité semblait encore s'accroître d'une circonstance qu'il n'est pas inutile de signaler. Ces officiers de tout ordre, administrant les communes au nom du roi, étaient eux-mêmes sortis des rangs de la bourgeoisie, après avoir, comme ceux qu'ils avaient mission de protéger, obtenu le bienfait de l'affranchissement. Ils étaient, en un mot, des hommes de tiers-état et de moyenne condition, tout aussi bien que les bourgeois dont ils administraient la ville. Leur présence dans la cité, la dignité dont ils étaient revêtus et l'humilité de leur extraction étaient tout à la fois, pour les administrés, une garantie de protection salutaire et un encouragement à s'élever comme eux. A mesure que la royauté étendit son pouvoir, augmenta le nombre de ses représentants dans les localités soumises à sa centralisation gouvernementale, les fonctionnaires de tout ordre se multiplièrent à l'infini, et presque tous, magistrats, prévôts, baillis, sénéchaux, administrateurs, furent choisis parmi les bourgeois. Ce fut le point de départ des destinées politiques et de la grandeur de la bourgeoisie ; c'est ainsi qiie, de siècle en siècle, cette classe intermédiaire de la société, ce tiers-état composé d'affranchis et de parvenus, avec
les moyens naturels da travail, de Tétade, de l'intelligence et de la modération, s'est élevé jasqâ'aux plas hauts degrés de la fortune, du crédit, de la considération et du pouvoir.
Mais comment les bourgeoisies s'établirent-elles dans les communes? à quelles conditions les serfs affranchis pouvaient-ils jouir des privilèges attaches au titre de bourgeois? quelle part Philippe le Bel eut-il dans cette grande révolution sociale ? C'est ce qu'il nous reste à examiner. Nous avons dit les bourgeoisies^ parce que, en effet, il y avait la bourgeoisie des communes proprement dites et la bourgeoisie du roi. Les bourgeois des communes faisaient remonter l'existence de leurs privilèges à l'époque où les cités auxquelles ils appartenaient avaient conquis leur émancipation, soit à la suite d'insurrections contre la domination des seigneurs, soit en vertu de chartes octroyées par le pouvoir royal. Les privilèges de la bour^oisie communale consistaient dans l'exemption de certaines charges et redevances, auxquelles continuaient à être soumis les serfs nouvellement affranchis, et dans la jouissance de certains droits, comme, par exemple, du droit d'élire le maire et lesèchevins, de consentir les taxes, de voler les impôts, de participer enfin à tous les détails de l'administration communale. Aussi le titre de bourgeois n'était-il accordé qu'à certaines conditions déterminées : il fallait appartenir à un bourg, ville, commune ou municipe, habité par un corps de bourgeois, et posséder dans ce bourg une habitation fixe, permanente, et pouvant donner toutes les garanties nécessaires de stabilité. Dans certaines communes, dans celle de Calais, par exemple, cm ne pouvait, d'après la coutume, être admis au privilège de bour-