‹ Philippe le BelChapitre 154 sur 242 · LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE

geoisie qu'en produisant une attestation de bonnes vie et mœurs, et en prouvant qu'on n'appartenait pas à une famille de lépreux. A Lille, il fallait, pour être bourgeois, faire profession de dévouement au roi et à la commune. Partout l'infamie résultant d'un crime et d'une condamnation était considérée comme un cas indélébile d'incapacité.

Nul serf ni bâtard ne pouvait être bourgeois ; il fallait, avant toute autre condition produire une charte d'affranchissement et des lettres de légitimation. On payait un droit d'entrée lorsqu'on était reçu bourgeois d'une ville ; de même qu'on payait un droit de sortie lorsque, après avoir sollicité le privilège de bourgeoisie, on quittait la commune pour se faire recevoir bourgeois dansune autre. Il y avait, entre autres modes d'acquérir ou de conserver le titre de bourgeois, la déclaration et la soumission que pouvaient faire dans certaines localités, dites de parcours^ les personnes franches, non nobles, qui venaient s'établir sur une terre de servitude, et qui, de cette manière, restaient dans leur condition, en se déclarant et t s'advouant francs-homes ou bourgeois des seigneurs t chez qui ils venoient demeurer. » Si ces personnes n'accomplissaient pas cette condition en s'établissant sur certains fiefs, elles couraient risque de retomber en servitude après une résidence continue d'an et jour. C'était la prescription appliquée à la possession des hommes comme à la possession des choses, tant, à cette époque, les choses et les hommes étaient quelquefois confondus. « Il y a des terres, » dit Beaumanoir, « quand ung franc home qui n'est pas gentizt home de lignaige y ha manoir et y est résident, il ( devient, soit home, soit famé, serf au seigneur

c dessoubs que il vient estre résident. » Dans ce pays, r air rendait esclave^ suivant la vive expression du proverbe allemand, comme en d'autres il suffit d'en toucher le sol pour respirer immédiatement l'air pur de la liberté.

Les bourgeois du roi avaient, au contraire, le privilège de îie transporter partout où il leur convenait, sans avoir la crainte de perdre leur condition. Ils pouvaient avoir, dans une localité quelconque, un domicile momentané ou simplement fictif, sans courir le risque d'être atteints et réduits au servage par les seigneurs féodaux. Tandis que les bourgeois des villes n'étaient efficacement protégés que dans l'enceinte de leurs murs, les bourgeois du roi étaient sauvegardés par leur titre seul, partout où il leur plaisait de résider. Les bourgeois des villes s'appelaient bourgeois du dedans^ parce qu'ils n'étaient bourgeois qu'à condition de rester dans l'intérieur de la cité où ils étaient obligés d'avoir leur domicile réel. Les bourgeois du roi s'appelaient bourgeois du dehors ou bourgeois forains n parce que, contrairement aux premiers, ils n'étaient primitivement astreints à aucun domicile effectif. Il suffisait, pour appartenir à la bourgeoisie royale, d'être admis danvS une ville du domaine, moyennant le paiement d'un droit déterminé. Cette admission n'entraînait aucune obligation de résidence habituelle ; on pouvait être bourgeois du roi et demeurer dans le fief dont on était antérieurement serf, colon ou affranchi. Dans ce cas, on n'était justiciable que de la juridiction royale, et l'on échappait à celle du seigneur. C'était, de la part de la royauté, un moyen d'étendre son influence et son pouvoir, au détriment de l'influence et du pouvoir des feudataires, dont elle

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