LIVRE QUATRIÈME. — CHAPITRE II
de lui-même et de sa propre individualité. En un mot, au lieu d'ôlre purement locale, sous le régime des communes, la liberté fut exclusivement personnelle, sous la sauvegarde de la royauté. Le bourgeois communal ne se sentait libre qu'à Tabri de ses tours et de son beffroi; le bourgeois du roi fut libre partout, même dans les fiefs où gémissaient encore des milliers d'hommes sous le joug humiliant du servage féodal.
Ces faveurs, accordées par les rois à ceux de leurs sujets qui se mettaient ainsi sous la protection de leur sceptre, ne furent perdues ni pour la royauté ni pour le pays. Que de fois la bourgeoisie n'eut-elle pas l'occasion de reconnaître tout ce que ses protecteurs avaient fait pour elle, en les secourant de sa bourse, en les protégeant de son bras, en assurant par son influence le succès de leurs entreprises, et quelquefois môme la solidité de leurs trônes I Brave dans les périls, sage dans les conseils, généreuse dans toutes les nécessités politiques, elle sut toujours se montrer digne des privilèges que les souverains lui avaient accordés: à la guerre, par une intrépidité sans bornes; pendant la paix, en donnant aux sciences, aux lettres, au commerce, à l'industrie, leur plus vigoureux élan.
Que les rois luttent contre les pouvoirs qui leur portent ombrage, contre les papes ou contre les grands, la bourgeoisie est toujours là pour les soutenir et les fortifier.
Nous ne sommes encore qu'au règne de Philippe le Bel, et par conséquent nous ' n'avons pas à la suivre dans les glorieuses destinées que l'avenir lui réserve.
Mais déjà Doas la troayons investie da bien le plus précieux qui poa?ail lui échoir, c'esl-à-dire delà liberté ; et nous la voyons suffisamment élevée dans Téchelle sociale, pour être jugée digne de figurer en tiers, à côté de la noblesse et du clergé, dans la première réunion solennelle des états généraux.