LIVRE. QUATRIÈME. CHAPITRE III
parait avoir été rendue avec le concours de trois bourgeois de Paris, trois de Provins, deux d'Orléans, deux de Sens et deux de Laon, dont elle porte les signatures. Enfin, parmi les dix-sept clercs qui figuraient dans le parlement ordinaire de saint Louis, on trouve un certain nombre de noms plébéiens.
Avant la grande assemblée de 1302, qui comprenait la représentation de la France entière, il y avait eu, dans certaines provinces, des réunions d'états, auxquelles les villes ou communes avaient envoyé leurs délégués. C'étaient de véritables états provinciaux, où les trois ordres de la province étaient réellement représentés. En 1271 et 1274, les barons, les prélats et les consuls du Languedoc avaient été réunis en assemblée générale. Par conséquent, le tiers-état formait déjà dans ce pays, comme dans quelques ^ autres, un ordre particulier qui, le cas échéant, était convoqué pour délibérer sur les intérêts de la province.
En 1290, sous Philippe le Bel lui-même, il y eut à Paris une réunion des députés de la noblesse et des communes, dans le but d'obtenir du pape Nicolas IV un accommodement à l'occasion de la guerre d'Aragon, commencée par Philippe le Hardi, à la sollicitalion du pape Martin, prédécesseur de Nicolas. Don Pèdre avait été déclaré déchu du trône, à la suite d'une excommunication prononcée contre lui et contre ceux qui l'avaient fait roi. Ces derniers luttaient toujours en faveur de leur souverain. Le roi de France, de son côté, prenait parti pour Charles de Valois, son oncle, qui avait succédé à don Pèdre. Ces luttes ne paraissaient pas devoir se terminer de longtemps, d'autant que le saint-siége maintenait Tanathème prononcé
contre don Pèdre et contre ses défenseurs. Il fallait à tout prix faire cesser une situation qui épuisait le trésor sans aucun avantage pour le pays. C'est dans ce but que Philippe le Bel convoqua une assemblée de quelques barons et bourgeois, pour en délibérer et porter ensuite au saint-père le résultat de la délibération. Les députés de la noblesse et de la bourgeoisie furent, en effet, reçus par le pape Nicolas IV. Cette réception et la réponse que le pape crut devoir faire à la proposition du roi de France ont été constatées dans une bulle, en date du 23 mars 1290» qui n'a pour nous d'autre intérêt, en ce moment, que celui de prouver l'existence d'une convocation par Philippe le Bel, avant l'année 1302, d'un certain nombre de membres du tiers-état.
Mais tous ces appels au concours de la classe intermédiaire, pour l'expédition d'affaires d'une certaine nature, n'impliquaient aucunement en faveur de cette classe, récemment élevée par l'affranchissement au niveau de la protection légale, le droit absolu de s'unir à la classe supérieure, composée des nobles et des prélats. En tout cas, ce n'était que dans un petit nombre de localités encore décentralisées que cette réunion pouvait avoir lieu.
C'est seulement à l'assemblée des états de 1302 que l'on a vu pour la première fois, dans une convocation de tous les représentants du royaume, les députés des villes siéger à côté des deux ordres du clergé et de la noblesse, et donner conjointement avec eux leur avis sur diverses questions de gouvernement.
Cette adjonction d'une classe encore obscure et à peine sortie de l'état de servilité à cette classe supérieure et hautaine qui l'avait si longtemps traitée