‹ Philippe le BelChapitre 161 sur 242 · LIVRE QUATRIEME. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME. — CHAPITRE III

t qui est telle, que vous ne recognoissiez de vostre « temporel souverain en terre fors que Dieu, et que « vous fassiez déclarer, pour que tout le monde le t sçache, que le pape Boniface erra manifestement et « fict peschié mortel en vous mandant qu'il estoit € votre soubverain de vostre temporel... etc. »

On a contesté Tauthenticité de ce document qui, en effet, existe en plusieurs exemplaires dans les dépôts publics. On a révoqué en doute sa présentation au roi, siégeant aux états généraux, et Ion a même insinué que ce pourrait bien n'être autre chose qu'un pamphlet de l'avocat Pierre Dubois, confident de Philippe le Bel. Rien ne prouve que cette supposition soit fondée, et tout, au contraire, donne à la production de la requête ci-dessus, aux états pour lesquels elle paraît avoir été faite, un caractère de vraisemblance et de probabilité.

Nous ne voulons entrer dans aucun autre détail sur l'unique séance à la suite de laquelle ces états se séparèrent, en donnant à Philippe le Bel pleine et entière satisfaction sur la question de l'indépendance absolue de son pouvoir vis-à-vis du pouvoir pontifical. Nous avons fait connaître, en étudiant les divers incidents de la querelle des deux pouvoirs, la tendance et le résultat final de la délibération, le discours violent prononcé par le garde des sceaux, Pierre de Flotte, contre le pape Boniface VIII, et les réponses faites par les trois ordres à la question principale qui leur avait été posée. Nous devons toutefois ajouter que ces réponses furent directement provoquées par une allocution de Philippe le Bel lui-même, qui, par une habile modération de paroles, mais en même temps avec une insistance énergique, entraîna une

décision favorable à son indépendance^ même de la pari de Tordre du clergé. Après avoir fait reconnaître aux évéques et aux nobles qu'ils ne tenaient leurs fiefs que de lui, il déclara en quelques mots que le royaame de France, ayant été conquis par la vaillance des rois ses prédécesseurs, avec le concours de leurs fidèles compagnons, avait toujours été gouverné par eux au nom de Dieu seul, de qui seulement ils le tenaient, et que, leur ayant succédé par la volonté divine, il était fermement résolu à les imiter en tout point et à tout sacriûer, même sa vie, s'il le fallait, pour maintenir intacte l'indépendance de la royauté; qu'afin de prouver son intention bien arrêtée de faire respecter son pouvoir à tout prix, il traiterait en ennemis personnels tous ceux qui enfreindraient ses ordres pour obéira ceux de son rival. Après une telle déclaration, faite par un roi comme Philippe le Bel, il n'y avait plus qu'à se taire et à se soumettre; c'est ce qui arriva de la part des trois ordres réunis, qui, chacun dans une forme particulière, protestèrent de leur dévouement au roi et de leur désir de se conformer en tout point à sa souveraine volonté.

Depuis l'année 1302 jusqu'en 1308, époque d'une nouvelle réunion d'états généraux, qui eut lieu à l'occasion du procès des Templiers, on ne trouve aucune trace d'une convocation de ce genre. Des historiens ont cru voir une assemblée des trois ordres dans une réunion de prélats, de barons et de quelques légistes, qui eut lieu au Louvre le 13 juin 1303, dans le but de solliciter l'avis d'un futur concile sur le différend qui existait encore entre le pape et le roi. Mais il est certain aujourd'hui que cette réunion n'a pas eu le caractère de généralité que l'on trouve dans la

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