‹ Philippe le BelChapitre 163 sur 242 · LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE III

l'avis, ne figurait aucune représentation spéciale des membres du tiers-étal. On lit, par exemple, dans la lettre aux consuls de Toulouse, qui n'est qu'une reproduction de toutes les autres, qu'à l'assemblée dont il y est question, assistaient « beaucoup d'ar- « chevéques, d'évéques, d'abbés, de prieurs, de « comtes, de barons et d'autres personnes, tant ec- « clésiasliques que laïques, présentes à Paris. » 11 n'y est fait aucune mention spéciale des représentants des communes. Ce qui eut lieu seulement, à l'occasion de la ratification, demandée par Philippe le Bel, de la résolution prise par l'assemblée du 13 juin, ce fut, dans chaque province, une réunion particulière des trois ordres, qui furent appelés à se prononcer sur l'opportunité d'un appel à un futur concile pour trancher le différend dont le monde catholique était alors affligé.

Ces réunions, où les villes eurent pour représentants de véritables députés spécialement choisis par elles dans la bourgeoisie, furent de véritables états provinciaux. Le clergé, la noblesse et le tiers-état de chaque bailliage ou sénéchaussée y délibérèrent d'abord en commun, puis se séparèrent pour voter et donner leur adhésion par écrit. Les adhésions à la convocation d'un concile furent unanimes. Une seule corporation fit défaut et protesta contre cette convocation : ce fut la communauté des dominicains. Donc, sur cette grande question de la mise en accusation d'un pape et de l'appel à un concile pour la prononcer, le peuple a réellement été consulté; seulement il le fut d'une manière spéciale, et cette manière d'obtenir de lui une adhésion dont on avait besoin prouve que, tout d'abord, il n'avait participé, ni

directement ni par ses délégués, à la mesure soumise à sa ratification.

Philippe le Bel donna, dans ce mode de procéder, une preuve nouvelle de son habileté politique. Il ne s'agissait de rien moins, en effet, que de provoquer, tout à la fois, et la mise en accusation du chef de rÉglise et sa déchéance pour cause d'indignité. Convoquer les trois ordres pour se prononcer conjointement sur une telle question, appeler surtout les membres du clergé à se réunir aux barons et aux mandataires des communes pour donner leur avis sur un point qui devait nécessairement blesser leurs sympathies, c'eût été s'exposer, de la part de cette partie importante de l'assemblée, soit à un silence désapprobateur, soit à un refus formel de se prêter aux rigueurs dont le pape allait devenir l'objet. Pour obtenir un vole favorable des représentants de l'Église, il fallait éviter, avant tout, qu'ils pussent se réunir et se concerter; il fallait se mettre en mesure de les induire môme en erreur, le cas échéant, sur la portée de leur vote, et principalement sur les dispositions de leurs confrères plus ou moins éloignés. C'est pour cela évidemment que Philippe le Bel, qui voulait obtenir à tout prix une approbation de ses actes el qui, en même temps, avait à cœur de paraître se conformer au vœu général de son peuple, prit le moyen mixte de solliciter des adhésions séparées au projet approuvé par une réunion de quelques personnages dont il connaissait d'avance le bon vouloir, el d'obtenir, entre autres, les adhésions individuelles des membres du clergé. Réunis en assemblée générale, ces derniers se seraient mutuellement fortifiés dans la résolution d'émettre un vole négatif; isolés ou perdus

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