‹ Philippe le BelChapitre 164 sur 242 · LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE III

dans la foule des habitants des communes, qui votaient par acclamation ce que les agents royaux leur faisaient voter, ils furent entraînés par le nombre, et surtout par la pensée que leurs supérieurs ecclésiastiques leur avaient donné l'exemple, en s*unissant les premiers à la décision des barons. Encore une fois, il ne faut pas voir dans cette réunion de la noblesse et de quelques prélats, qui eut lieu au Louvre le 13 juin 1303, une convocation d'états généraux. Il faut y voir seulement une assemblée de personnages éminents et dévoués, dont la décision ou Tavis devait servir de point de départ à cette sorte d'appel au peuple dont on vient d'apprécier la nature et les conséquences, et qui n'était, en définitive, qu'une manœuvre employée par le roi pour forcer le futur concile à se conformer à sa volonté.

Les assemblées qui eurent lieu à Tours en 1308, à l'occasion du procès des Templiers, furent, au contraire, de véritables états généraux auxquels prirent part, soit personnellement, soit par délégation, tous les archevêques, évéques, chapitres, collégiales, abbayes, prieurés, comtes, barons, chevaliers, communes ou villes de toute importance et de tout degré. L'objet de cette convocation solennelle pouvait faire craindre de ne pas rencontrer chez les deux premiers ordres un concours empressé. D'une part, il s'agissait de prononcer une condamnation contre une corporation influente, puissante, riche, et dont presque tous les membres appartenaient aux plus nobles familles; la noblesse, dans ce cas, pouvait reculer. D'autre part, le but de la réunion était d'exercer une pression sur le souverain pontife pour obtenir de lui l'abolition d'une communauté de chevaliers dont les premiers

306 HHILIPPE LE BEL

exploits avaientélé consacrés à la défense de la Terre- Sainte, et dont Clément Y appréciait incontestablement la valeur; dans ce cas encore, le clergé pouvait hésiter. Les villes elles-mêmes, dont la plupart avaient été lobjet des munificences des chevaliers, dont quelques-unes s'abritaient sous leur protection, pouvaient ne pas montrer, en pareille circonstance, tout le zèle qu'on en avait espéré. Mais il était difficile aux uns et aux autres de ne pas se rendre à Tappel du roi : non-seulement c'était pour chacun un devoir de convenance, mais encore c'était pour tous un devoir de soumission, qui leur était rigoureusement prescrit comme service féodal.

Bien que, sous Philippe le Bel, la féodalité eût déjà souffert de mortelles blessures, ses principes constitutifs étaient toujours en vigueur. Seulement, au lieu de se répartir et de se limiter dans chacun des innombrables fiefs dont se composait la féodalité primitive, ils se généralisaient et se centralisaient, de plus en plus, au profit du grand fief de la royauté. Or, un 'de ces principes était le devoir imposé aux vassaux de répondre à l'appel de leur suzerain chaque fois que ce dernier les convoquait autour de lui, soit pour rendre la justice, soit pour aller en guerre, soit pour délibérer sur quelque affaire d'administration. La peine applicable à ceux qui avaient la témérité de se soustraire à ce devoir de fidélité était la confiscation de leurs domaines au profit du suzerain. Il y avait donc pour les nobles, pour les prélats et pour les communes, tous considérés comme vassaux du roi, suzerain des suzerains, obligation stricte d'obéir à toute convocation royale, sous peine de voir leurs biens impitoyablement saisis et confisqués. Une seule

Page 1