LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE IV
temps, en présence des dangers qui Tenvironnent, finit par trouver insuffisant le privilège de la liberté.
Les dangers auxquels furent exposées les communes nouvellement affranchies furent, en effet, aussi nombreux et aussi redoutables que ceux de l'esclave qui se trouve tout à coup délivré de la servitude, mais en même temps privé de toute protection. A l'époque môme de l'affranchissement communal, la féodalité commençait à se transformer; l'es grands fiefs s'accroissaient au détriment des petits; les grands feudata ires voyaient leur puissance s'augmenter de jour en jour, en attendant qu'ils fussent eux-mêmes obligés de s'effacer devant le plus grand des fiefs, c'est-à-dire devant la royauté. Contre des adversaires si forts et si puissants, la lutte devenait impossible, et les communes qui se trouvèrent comprises dans l'un de ces immenses territoires résultant de la réunion de plusieurs fiefs sous une même suzeraineté, durent cesser toute résistance et subir la loi qui leur était imposée.
Lorsque le suzerain était le roi de France, et qu'une commune, par le fait de la réunion à ses domaines d'autres domaines dont elle dépendait, était comprise dans l'étendue de sa juridiction, elle tombait immédiatement sous le pouvoir royal, parce que son isolement et sa faiblesse l'avaient laissée sans armes contre l'envahissement dont elle venait d'être l'objet. Elle, qui jadis avait montré tant de bravoure lorsqu'il s'était agi de combattre un seigneur isolé, se trouvait forcée de reconnaître qu'après avoir dicté des conditions il lui fallait en recevoir. Elle, qui s'était crue à tout jamais en possession du bien précieux de l'indépendance, se voyait obligée, à raison de l'inégalité des
forces, de retourner presque à son état primitif, c'està-dire & la subordination.
Cette subordination devint d'autant plus inévitable pour les communes, que, à mesure de la diminution et de l'agrandissement des fiefs, elles trouvèrent dans chaque grand feudataire ou suzerain, non-seulement un maître, mais aussi un prolecteur, et cette protection, qu'elles furent réduites à solliciter quelquefois contre les attaques dont elles étaient le point de mire, devint pour elle un lien de reconnaissance en même temps que de nécessité.
Avant que le pouvoir royal se fût emparé peu à peu de tous les fiefs pour les soumettre à sa suzeraineté suprême, chaque suzerain était roi de tous les fiefs inférieurs et de tous les vassaux relevant de lui. D'après Tusage féodal, c'était à lui qu'on pouvait demander justice des abus de pouvoir commis par ses subordonnés; c'était à lui qu'on avait recours contre les attaques, les vexations et les exactions commises dans l'étendue de sa juridiction. À mesure que les fiefs s'agrandirent et que s'étendit le pouvoir des principaux feudataires, c'est à ces derniers que les faibles durent recourir pour se mettre a l'abri contre les violences du dehors. Lorsque le roi domina tous les fiefs et se constitua le suzerain des suzerains, ce fut auprès de lui que les communes opprimées ou gênées dans l'usage de leur liberté reconquise allèrent chercher contre leurs ennemis redressement et protection. La protection qu'elles obtinrent, soit de la part des grands feudataires, soit de la part du roi, enchaîna nécessairement leur indépendance et les empêcha de rester, comme elles en avaient eu la prétention téméraire, entièrement maîtresses de leurs actes. Au lieu