LIVRE QUATRIÈME. GUAPITRE IV
blement sur tous les domaines soumis au régime .qu'il avait résolu d'auéantir.Il frappait non-seulement les communes elles-mêmes, à cause de leurs dissensions intérieures, mai& aussi les feudataires, clercs ou laïques, prélats ou barons, qui, suivant toujours les traditions féodales, et oubliant qu'une ère nouvelle avait lui, abusaient de leur pouvoir et de leur autorité contre des vassaux impuissants.
C'est ainsi qu'en 1308, le prévôt royal de Saint- Riquier rendit à la liberté et réintégra dans leurs fonctions le maire et les échevins de la commune d'Abbéville, que le sénéchal du comte de Ponthieu avait destitués et emprisonnés , sur la dénonciation de quelques bourgeois qui les accusaient de malversation.
On sait à la suite de quels troubles et de quels scandales la commune de Laon fut successivement supprimée, puis rétablie, puis supprimée de nouveau et encore rétablie, en restant toujours soumise à l'arbitraire et au bon plaisir du pouvoir royal. Une lutte entre le chapitre de Tévéque et les bourgeois de la ville avait été la causé originaire de ces tristes événements.
Le cloître des chanoines avait été violé; on avait forcé les portes de la cathédrale, où quelquesuns de ces derniers s'étaient réfugiés; enfin, le désordre étant à. son comble, sur une plainte adressée au pape Bon if ace VIII, la ville avait été mise en interdit, et ses magistrats, qui n'avaient pas su prévenir ou arrêter de tels excès, avaient été frappés d'excommunication. Le parlement, à la suite des enquêtes auxquelles il fut immédiatement procédé, rendit, en 1294, un arrêt remarquable qui déclara supprimée
la commune rebelle, avec des motifs dont les principaux méritent d*étre textuellement rapportés* : c Attendu que les citoïens de Laon, réunis en grand nombre, après avoir sonné la cloche de la commune, fermé les portes de la ville et faict des proclamations publicques, se sont ruez en sacrilèges dans la mère-église, sans respect pour les immunitez ecclésiastiques; qu'ils ont arraché par force de la dicte egglise un clerc et plusieurs nobles chevaliers réfugiez dans cet azile sacré pour saulver leur vie et échappera la poursuicte de leurs ennemis qui les ont blessez cruellement, au poinctqu'ungdes chevaliers est mort par suicte de ses blessures; qu'ainsi ils ont violé les libertés de la dicte egglise, et cela en présence de plusieurs officiers de la commune, defs échevins, jurez et aultres magistrats, qui, loin de s'opposer à ce crime, comme ils pouvoient et debvoient le faire, ont prêté secours, conseil et protection aux aucteurs du mal ; vu l'enqueste sur ce faicte, d'après le tesmoingnaige de toustes les personnes qui debvoient estre entendues; nous desclarons les susdicts citoyens, maires, jurez, eschevins et tous aultres magistrats de la commune de Laon, coulpables des faicts énumérez ci-dessus, et les privons par le présent arrêt de tout droict de commune et de collège, sous quelque nom que ce soit, leur ostant à tout jamais leurs cloche, sceau, coffre, jugement, échevinage, office de jurez, et tous aultres droicts de commune. »
Cet arrêt portait un coup mortel à une constitution municipale qui comptait déjà près de deux siècles
» Ohm, t. II, p. 384.