LIVRE QUATRIÈME. CHAPITRE IV
d'existence. Aussi recula-t-on devant son exécution immédiate, ou plutôt s'efforça-t-on d'en atténuer la portée le plus tôt possible. Pour tout concilier, Philippe le Bel annula, par une charte spéciale, les condamnations prononcées contre les bourgeois, échevins, jurés et autres magistrats municipaux, mais en même temps déclara, par la même charte, que la ville de Laoa serait placée sous la main du roi, qui se réservait le droit d'en disposer à l'avenir ainsi qu'il lui plairait.
Il alla plus loin encore en faveur de cette commune, dont les habitants ne méritaient peut-être pas une telle indulgence; mais on va voir sous quelle inspiration il agissait. On était au moment des premières querelles du pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel, ou plutôt du roi Philippe le Bel avec le pape Boniface VIII. L'évêque de Laon et son chapitre avaient pris parti pour Boniface, qui, pour récompenser leur dévouement au saint-siége et les venger de l'outrage qu'ils avaient reçu, s'était empressé, non-seulement de mettre la ville en interdit, mais encore de l'abolir à perpétuité. Philippe le Bel fit brûler la bulle d'abolition et maintint les bourgeois dans leurs privilèges, tout en se réservant de disposer de la ville selon son bon plaisir. Cet état continua d'exister sous les premiers successeurs de Philippe, et ce ne fut que sous le premier des Valois que la sentence de 1294 fut intégralement exécutée, et que la commune de Laon, par ordonnance royale de 1331, à raison de « certains mesfaicts et t excès notoires, énormes et détestables, » fut définitivement privée de toutes ses franchises et libertés.
Quelques années auparavant, en 1325, le roi Charles IV avait soumis à l'administration de ses pré-
yAU la commune de Soissons, dans des circonstances qui remontenl à la seconde moitié du treizième siècle, c'est-à-dire aux règnes de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel.
L'existence de cette commune fut presque toujours remplie de troubles, d'agitations et de malheurs, par suite des querelles qui s'élevaient sans cesse entre les é?éques, le chapitre et les magistrats municipaux. Ces querelles eurent quelquefois une telle gravité, que les dignitaires ecclésiastiques menacèrent de suspendre la célébration des offices et de mettre par conséquent la commune dans une sorte d'interdit momentané. Chaque année, les haines des bourgeois et des officiers du chapitre s'envenimèrent de plus en plus; les privilèges de chacun furent réciproquement violés; mais, la plupart du temps, les bourgeois étaient les plus forts et se livraient envers leurs rivaux à des violences de toute sorte. Des plaintes nombreuses furent faites par ces derniers; le parlement en fut saisi ; de longs débats s'élevèrent à ce sujet; enfin le clergé l'emporta, et la commune fut obligée de subir une condamnation à de si fortes amendes, qu'elle se vit^ en définitive, dans rimpossibilité absolue de s'acquitter, soit envers le roi, soit envers l'église, au profit desquels ces amendes avaient été prononcées. C'est alors que, poussés à bout par une telle situation , les habitants ne trouvèrent moyen de payer leur dette qu'en faisant abandon au roi, non-seulement de leurs biens, mais même de leurs privilèges municipaux, à condition qu'il se chargerait de satisfaire leurs autres créanciers. C'était, de la part de ces habitants, se livrer entièrement à la discrétion du pouvoir royal, duquel, en effet, émana l'ordonnance de 1325, aux termes de laquelle la commune de