LIVRE QUATRIÈME. — CHAPITRE IV
SoissoDS, par suite des supplications de ses bourgeois et habitants, fut déclarée désormais soumise à la garde d'ua prévôt chargé de l'administrer et de gouverner au nom du roi, à l'exclusion de tous maires et jurés. La seule faveur qui lui fut postérieurement accordée fut celle de pouvoir élire, chaque année, quatre échevins ayant droit d'assister le prévôt et de participer à l'expédition des affaires, mais toujours sous la direction et la surveillance de l'officier royal.
Le même sort arriva à la commune de Reims, qui^ après deux siècles d'existence, finit par tomber au pouvoir des agents du roi et par subir cette loi de centralisation qui, aux treizième et quatorzième siècles, devenait, pour ainsi dire, la loi générale. L'intérieur de cette commune ne cessa presque pas d'être agité par des dissensions de même nature que celles des autres villes de même ordre. C'était toujours le conflit des bourgeois et des échevins contre les prélats et les chapitres, ceux-ci revendiquant d'anciens privilèges féodaux, ceux-là se prévalant, au contraire, de leurs chartes d'émancipation.
Après avoir suscité des luttes où la violence jouait le premier rôle, ces tristes querelles se transformèrent en débats judiciaires que le parlement fut appelé à terminer. Les parties en cause, sous prétexte de défenses et de conclusions, s'adressèrent des récriminations réciproques; on se traita mutuellement de chetives gens, de gens de néant, de faussaires; les bourgeois sollicitèrent le maintien de leurs franchises; les dignitaires de l'Église conclurent à l'abolition de l'échevinage, à la destruction de la commune, comme association illicite, et à la remise, en la main de l'archevêque, de toute juridiction civile et criminelle. Le
parlement, pour tout concilier, donna tort à toutes les parties, en ce sens que ni l'une ni l'autre des prétentions contraires ne fut adoptée. La fable de Thuître et des plaideurs trouva, cette fois encore, son application de chaque jour : la commune échut, avec toutes ses franchises, au pouvoir royal, et ceux qui s'en étaient disputé la possession exclusive durent payer les frais du procès.
Ainsi finit la commune de Reims, en l'année 4362; ainsi avaient fini déjà, sous les règnes de Philippe le Bel et de ses prédécesseurs, bien d'autres communes, munies de chartes d'indépendance, et forcées peu à peu par les circonstances à s'amortir, en quelque sorte, l'une après l'autre, sous la pression du pouvoir centralisateur.
Pour arriver à ce but de centralisation générale qu'il s'était proposé d'atteindre, Philippe le Bel soumettait toutes les libertés à l'action de son despotisme. Longtemps libres, indépendantes et en pleine jouissance de tous leurs droits, les communes durent se résigner à une situation de minorité et d'incapacité légale, . qui les plaça, pour tous les actes de la vie civile, sous la tutelle du prince et de ses agents. Cette tutelle atteignit non-seulement celles qui étaient situées dans les domaines royaux, mais aussi celles qui dépendaient encore des domaines des grands feudataires. C'était d'ailleurs l'application de ce principe, posé par les légistes et par le parlement, que tous les fiefs relevant du roi, le roi et sa cour avaient juridiction et pouvoir sur tous sans exception. A partir de la fin du treizième siècle, les communes qui, quelques années auparavant, sous le règne de saint Louis, jouissaient encore d'une certaine liberté pour l'admi-