LES LÉGISTES
Les agents dont Philippe le Bel aimait à s'entourer et à se servir, dans toutes les circonstances où il entrevoyait un progrès à faire pour le pouvoir monarchique, étaient presque tous des hommes consommés dans la science du droit, et auxquels on donnait le titre de légistes, qui résumait, en même temps, et rétendue de leur érudition et le zèle qu'ils mettaient toujours à la faire prévaloir. Les légistes, dont le nom est presque inséparable de celui du prince au service duquel ils s'étaient consacrés, n'étaient cependant pas une création de Philippe lY, qui sut seulement appliquer à ses vues despotiques les qualités nombreuses que lui offraient ces transfuges du régime féodal, sous le triple point de vue de la science, de l'intelligence et de la soumission.
Son aïeol, saint Loois, avait déjà fait usage de ces personnages austères, dont les études spéciales lui avaient été d'un si grand secours dans la rédaction de ses Établissements. Même à cette époque du moyen âge, où les mœurs encore barbares et guerrières semblaient exclure toute étude savante et tout travail intellectuel, ces hommes s'étaient préparés de bonne heure à la grande œuvre que plus tard ils devaient être chargés d'accomplir. Bien que relégués encore dans les rangs inférieurs de la société, ils profitaient de l'obscurité dont on les enveloppait pour appliquer leur esprit aux arides travaux de la science juridique, et se mettre en mesure de pouvoir, à un jour donné, sortir de leur retraite et devenir les auxiliaires du souverain.
On sait de quel secours ils furent aux barons féodaux lorsque ces derniers se trouvèrent, sur leurs sièges de juges, en présence de difficultés de procédure que leur inexpérience des questions judiciaires proprement dites les avait empêchés de prévoir. Dans les beaux jours de la féodalité, lorsqu'il ne s'agissait, pour résoudre un point contesté devant la cour du suzerain, que de s'en remettre à ce qu'on appelait le jugement de Dieu, c'est-à-dire de faire dépendre le bon droit du plus ou moins d'habileté que chacun des plaideurs appelés en champ clos mettrait à se servir de la lance ou de l'épée, ces hommes, habitués aux rudes lois de la guerre par une expérience de chaque jour, n'hésitaient pas à se prononcer. Tant qu'il s'agissait d'apprécier les meilleurs coups portés par l'un ou par l'autre des adversaires, et de juger définivement, d'après la valeur de ces coups ou la gravité des blessures qu'ils avaient faites, qui des deux corn-