‹ Philippe le BelChapitre 180 sur 242 · LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE

battants pouvait avoir raison, rien n'était plus facile à. ces grands seigneurs, vivant habituellement au milieu des batailles, que de rendre en pareil cas une décision souveraine. Mais quand les lois purement féodales commencèrent à se compliquer de subtilités de procédure, quand, par suite- des concessions de terres faites par les feudataires aux roturiers, les procès devinrent plus nombreux et engendrèrent en matière juridique des difficultés de forme et de fond, quand enfin les contestations judiciaires prirent un caractère de plus en plus grave et obligèrent ceux qui étaient chargés de les résoudre à leur consacrer de longues heures et un travail assidu, alors Taspect des cours féodales dut changer de face. Peu à peu, les barons se retirèrent de leurs sièges de juges pour y laisser s'asseoir, d'abord quelques gentilshommes plus versés que les autres dans Tétude des lois, puis de simples bourgeois devenus jurisconsultes et légistes, après s'être, pendant de longues années, pénétrés des principes du droit et de l'application de ces principes aux nécessités de chaque jour. Ceux des nobles qui consentirent encore pendant quelque temps à remplir leurs devoirs de justice comprirent qu'ils ne pouvaient désormais remplir ces devoirs, conformément aux exigences nouvelles, sans recourir à l'assistance de ces légistes, qu'ils firent asseoir à leurs pieds pour s'éclairer de leurs lumières, s'aider de leurs conseils, s'inspirer de leurs décisions; d'où ce titre de conseillers, primitivement donné à ces hommes obscurs, à ces roturiers ou vilains que les fiers barons daignaient consulter dans leurs fréquents embarras judiciaires, et devenu bientôt le titre d'honneur des membres les plus élevés de la magistrature.

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Un grand seigneur des premières années da dixhuitième siècle a essayé de frapper de ses dédains aristocratiques ces hommes versés dans la science juridique, en affectant de les représenter toujours aux pieds de leurs supérieurs, et dans une situation tellement humble et modeste, qu'on a peine à comprendre comment, d'une telle infériorité, ils ont pu légitimement s'élever jusqu'aux sommités de l'échelle sociale. < Ces gens*là, » dit Saint-Simon avec son style ma* gique, mais avec son ton habituel de mépris pour tout ce qui s'élève aux dépens de l'aristocratie féodale, c ces gens-là se multiplièrent avec les procès, * s'en firent une étude, devinrent le conseil de ceux qui en avoient et des familles pour leurs affaires. De leur application aux loix, dont ils se firent un métier, ils furent appelés légistes^ et saint Louis en appela aux parlements pour s'asseoir sur le marchepied des bancs des juges, qui étoient tels qu'on l'a expliqué, pour y être à portée de leur donner à l'oreille les éclaircissements sur ce qu'il s'agitoit devant eux, et former leur jugement et leur avis quand ces seigneurs croyoient en avoir besoin et se baissoient à eux pour le leur demander... Voilà comme, de simples souffleurs, et consultés à pure volonté, et sans parole qu'à l'oreille des juges seigneurs, ces légistes devinrent juges eux-mêmes avec eux. » De telles expressions ne pouvaient avoir d'autre résultat que de satisfaire un instant les rancunes féodales d'un homme tout à la fois plein de morgue comme grand seigneur et plein de génie comme grand écrivain : jamais elles n'enlèveront à ceux qu'elles rabaissent presque jusqu'à l'étal de servilité, l'honneur et la gloire d'avoir, à force d'étude

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