LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I
et de savoir, conquis sur leurs supérieurs impuissants la place privilégiée où ils sont encore aujourd'hui.
Dès le douzième siècle, on les vit chercher à se faire jour au milieu du chaos social de cette époque. C'était le moment où, se reposant de tous les troubles occasionnés par le démembrement de Tempire, la société, réfugiée autour des châteaux, commençait à comprendre que la vie matérielle ne suffisait pas pour la satisfaire et que, pour s'asseoir sur une base solide, il lui fallait quelque chose de plus que la force, il lui fallait la raison et le droit. Le droit, dans ces temps primitifs, n'avait pas l'unité de principes et d'application que nous lui voyons de nos jours. D'un côté^ les lois canoniques, faites spécialement pour trancher des difficultés d'une certaine nature et pour régler les rapports des ecclésiastiques entre eux, ne pouvait satisfaire complètement les aspirations nouvelles. D'un autre côté, les Coutumes, encore informes, quoique variées à l'infini, selon le bon plaisir des possesseurs de fiefs ou quelques traditions locales, n'offraient aucune certitude, aucun principe général pouvant s'appliquer aux cas les plus nombreux et servir d'assiette à un corps de droit proprement dit.
On savait qu'à une certaine époque le droit romain avait régi le monde, et l'on se souvenait encore de ce grand monument juridique, demeuré, dans la suite des générations, l'expression la plus haute de la raison humaine. On s'efforça alors de le faire revivre pour l'adapter à des cas qu'il n'avait pas toujours prévus, mais qui devaient se prêter à ses exigences, à charge par lui-même de s'assouplir quelquefois devant certaines circonstances et certaines nécessités. On étudia le Digeste avec une ardeur incroyable ; les universités
retentireot des leçons que de saTants doctears firent à des milliers d'élèTes, arides de les recaeîllir. La décoaverle sabite d'an manoscrit des Pamdeeie$ redoubla le zèle des jarisles et donna anx étodes jaridiqaes ane nooTelle énei^îe, an nonvei élan. Pea nombreuses à cette époqoe, les chaires étaient assaillies par des aaditeors innombrables. L'aniversité de Bologne, la première et la plus célèbre, comptait jusqn'à dix mille élèves. Albert le Grand, le maître de saint Thomas d'Aqain, en avait an si grand nombre, qa'il était forcé de faire ses leçons sur la place publique, à défaut d'ane salle assez grande pour contenir ses auditeurs. L'université de Paris en possédait une telle affluence, qu'elle put un jour en proposer vingt-cinq mille pour augmenter la pompe d'une cérémonie publique.
L'entraînement général vers les études de droit civil devint de telle nature, que l'Église, y voyant une rivalité dangereuse pour le droit canonique, fit tons ses efforts pour entraver le courant qui poussait ainsi la jeunesse des écoles vers une science nouvelle, au détriment de la tradition. On a peine à comprendre aujourd'hui cette préoccupation du pouvoir ecclésiastique au point de vue de simples études de droit romain. Mais, à l'époque des douzième et treizième siècles, il y avait un tel respect pour le droit canonique, que l'on considérait comme autant d'atteintes portées à son inviolabilité toutes les tentatives d'introduction et d'application d'un autre droit.
Cependant, à l'origine des temps féodaux, le clergé n'avait pas montré tant de répulsion pour les lois romaines; au contraire, il avait fait de ces lois, où d'ailleurs il trouvait les principes que le droit cano-