‹ Philippe le BelChapitre 185 sur 242 · LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I

de le faire considérer, non comme un moyen d'améliorer notre législation nationale, mais comme lessence môme de cette législation. Aussi ne manquèrent-ils pas d'appliquer le plus possible, non-seulement dans ses principes, mais aussi dans son texte lui-même, toutes les fois qu'ils en trouvèrent l'occasion, ce droit romain qui était devenu pour eux une sorte de seconde nature, tant ils s'étaient de plus en plus identifiés avec lui. Aussi, même lorsqu'ils comprirent l'impossibilité d'en faire l'application textuelle à certaines circonstances ou à certains faits, ne reculèrent-ils pas devant une interprétation forcée ou une traduction complaisante pour obtenir une solution conforme à leurs préjugés. Aussi l'influence du droit romain, ainsi exploité par les légistes, fut-elle extraordinaire, tant sur l'amélioration de nos lois que sur le progrès de nos institutions.

Cette sorte d'engouement qu'éprouvaient les légistes pour leur droit favori et la persévérance qu'ils mirent à le faire prévaloir sont faciles à comprendre, lorsque l'on compare l'idéal qu'ils s'étaient fait de l'ancienne société romaine gouvernée par les empereurs, et le chaos où la société française était encore plongée au milieu du treizième siècle, malgré les nombreuses améliorations que lui avaient apportées les derniers rois. Quand ils regardaient en arrière et se représentaient le tableau de cette glorieuse Rome, gouvernée par des souverains tout puissants, de qui émanaient toute justice et toute autorité, n'ayant au-dessus d'eux aucuns supérieurs, autour d'eux aucuns rivaux, ne reconnaissant d'autre frein que leur bon plaisir, d'autre contrôle que leur propre conscience, n'ayant pas à souffrir, et, en tous cas, ne supportant pas sans

de ri^v>ttreu:$es représaitles, la contestation de lear |va«vMr« l>Iaoift> au-d^ssas des autres hommes à une UTiie hiu(ear« qu'ils semblaient plus près du ciel que de la Kenre, en attendant qu'ils prissent rang parmi les dieui^awnt sous leurs pieds une population immense, soumise comme un seul homme à leurs moindres capno^ corps compacte et uniforme, dont aucune prvrvvTitiTe nobiliaire, aucune distinction hiérarchique ne Tenait troubler Timposante et indissoluble unité ; quand lU conlemplaient ce tableau, dont leur imagi- DJiuoQ complaisante leur rendait les couleurs plus Tire^et les charmes plus saisissants, les légistes Tadmiraieut d'autant plus,qu*en reportant leurs regards sur la France, ils étaient loin de rencontrer le même ideaL Au lieu d'un sourerain absolu, il en voyaient mille, a\anl chacun dans son domaine à peu-près tous les attributs de la plus haute souveraineté. Au lieu d un territoire compact et indivis, ils voyaient mille petits no\aumes sépan^ l'un de Taulre par un ruisseau, par une haie, par une barrière, par un mur, par le moindre signe de démarcation. Parmi ces petits Etats, ils en voyaient un plus grand que les autres, dont le chef, qui s'appelait roi, n'avait qu'une autorité restreinte à ses étroites limites domaniales et portail un nom à peine connu de ceux sur lesquels cependant il prétendait déjà exercer un droit de juridiction. Ils voyaient à la tête des autres petites royautés, nonseulement de nobles barons, ayant la conviction d'être au moins les égaux, sinon les supérieurs du roi luimême, mais encore de hauts dignitaires ecclésiastiques, et même des ordres religieux, jouissant tout à la fois d'immunités professionnelles et de privilèges féodaux, c est-à-dire régis en même temps par une juridiction

Page 1