‹ Philippe le BelChapitre 188 sur 242 · LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I

J uslice étaienl ses deux guides dans toutes les circonstances de sa vie. Ses barons eux-mêmes, qui trouvaient en lui un protecteur lorqu'iis étaient injustement stUaquéSy trouvaient aussi en lui un juge sévère lorsqu'ils se rendaient coupables de quelques méfaits. On cite toujours avec plaisir cette parole qu'il adressa à un seigneur qui lui conseillais ironiquement de faire pendre tous ses barons, dont quelques-uns venaient de subir une peine humiliante : < Comment est-ce, Jehan, m dites-vous que je fasse pendre mes barons? Certai- « nement je ne les ferai pas pendre, mais je les châ- « tierai s'ils mesfont. »

Si donc saint Louis n'était pas l'adversaire systématique du baronage, parce qu'il reconnaissait au baronage une certaine légitimité, il était l'adversaire des excès auxquels les barons se livraient trop souvent encore sous son règne, et s'attachait, en toute occasion, à faire prévaloir dans tous les rangs de la société, même parmi ceux qui s'étaient considérés jusqu'à lui comme inviolables, les lois de la justice et de la raison.

Pour arriver à ce but, il favorisa le plus possible l'étude et l'application de la législation romaine, et se constitua le patron des jurisconsultes presque autant que des prêtres, parce qu'il comprenait que l'union de la religion et de la justice ne pouvait avoir pour la prospérité de son royaume que de bons résultats. Ces jurisconsultes, qu'il appela dans son conseil pour l'aider à accomplir son œuvre civilisatrice et a rédiger ses lois, eurent pour mission principale de préparer, par leurs travaux et leurs écrits, les esprits et les mœurs à recevoir, quelques années plus tard, les

grandes réformes de Philippe le Bel.

Ce dernier eat aussi ses légistes, dont on connaît déjà l'influence sar les événements de son règne. Mais la différence que Ton peat remarquer entre les ans et les autres, c'est que les légistes de saint Lonis furent plutôt des hommes d'étude que des hommes d'action, tandis que ceux de Philippe le Bel, entraînés par les événements et les nécessités, mirent aussi souvent leurs bras que leurs esprits au service de leur souverain.

Parmi les conseillers de saint Louis, nous remar^ quons Guy de Foulques ou de Fouqueux, Pierre de Fontaine et Philippe de Beaumanoir.

Le premier, après avoir été chevalier, entra dans les ordres, devint évéque du Puy, puis archevêque de Narbonne, puis enfin pape sous le nom de Clément IV. Bien qu'il fût devenu presque l'âme du parlement sous le règne de saint Louis, il eut à subir de la part de ses contemporains, sous le rapport du caractère, des mœurs, du dévouement au roi et au saint-siége, d'amëres calomnies dont l'histoire impartiale l'a complètement relevé. Ses ouvrages sont principalement consacrés à des questions de droit canonique. Mais on croit qu'il se livra aussi à l'étude du droit civil, et l'on va même jusqu'à attribuer à un de ses livres, intitulé Quœstiones juris^ la source latine du fameux Conseil à un ami, de Pierre de Fontaine.

Pierre de Fontaine paraît n'avoir pas fait autre chose que des traductions. C'était un savant consciencieux, qui avait entrepris, à l'exemple de beaucoup de ses confrères, d'appliquer les principes et même les textes du droit romain à la société féodale, et qui, à rencontre de quelques autres, poussaitia modestie jusqu'à prier ceux qui viendraient après lui de sup-

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