‹ Philippe le BelChapitre 191 sur 242 · LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE I

nisée en vue d obtenir leur affranchissement; ajoutant que le roi seul avait pouvoir de consentir une constitution de ville ou commune, et que, sans son consentement exprès, toutes nouvelletez étaient rigoureusement prohibées.

Et pourtant, que de nouveautés ce légiste n'introduisit-il pas dans la jurisprudence de son temps! N'est-ce pas lui, par exemple, qui, contrairement à tous les usages féodaux qui n'admettaient pas que les seigneurs pussent juger autrement qu'assistés de leurs pairs ou vassaux, posa le principe que non-seulement les seigneurs, mais leurs délégués ou baillis pouvaient juger seuls, en toute circonstance, en dehors de toute prévision, de toutes assises régulières, c'està-dire, c courant au devant des mesfaicts, et justiciant € selon le mesfaire, toutefois se devant bien guarder € de mettre nul à mort sans jugement ? » Tout cela était incontestablement le résultat du désordre social et de la négligence qu'apportaient les classes privilégiées à user de leurs droits, à remplir leurs devoirs et à prévenir, par ce double moyen, l'envahissement de l'absolutisme et de la centralisation.

Dans ces théories, dans ces maximes de Beaumanoir, on a pu facilement reconnaître toute la politique de Philippe le Bel et de ses légistes. Nous avons dit que ces derniers étaient autant des hommes d'action que des hommes de science : il est difficile, en effet, de qualifier autrement ces hommes dont le rôle s'est borné, le plus souvent, à l'exécution des ordres du maître et à la mise en pratique des théories de leurs devanciers. Leurs noms sont déjà connus et rappellent des actes de violence plus que des conseils ou des instructions pacifiques. Comment oublier ce Pierre de

Flotte, que Boniface VIII, dans son langage énergique appelait • Bélial, borgne de corps et aveugle d'esprit; 1 ce Guillaume deNogaret, commandant en chef de l'expédition d'Anagni, et bravant, sous les insignes de la magistrature suprême, l'excommunication dont il était frappé; ce Guillaume de Piasian, poursuivant jusque dans sa tombe le vieux pontife souffleté sur son trône par les complices de Nogaret? Encore une fois, ces hommes ont eu le mérite principal de faire preuve, dans des circonstances difficiles, d'un zèle, d'un dévouement, d'une énergie à toute épreuve, en vue d'assurer par tous les moyens l'exécution des desseins de leur roi. En agissant ainsi, ils ont mis en pratique les théories et les principes professés par les légistes du règne de saint Louis; ils ont, en outre, étendu le plus possible Tapplicationde ces principes et de ces théories partout où ils ont eu l'occasion de faire acte de gouvernement ou de juridiction.

Dans toutes les circonstances de leur vie publique, on a pu constater cette double tendance de leur part : diminuer de plus en plus l'importance des feudataires, et mettre tous les pouvoirs sous la main du roi. Si les plus célèbres d'entr'eux n'ont pas fait de livres comme leurs devanciers, ils ont appliqué rigoureusement ce que ces derniers leur avaient enseigné ; et l'action par laquelle ils ont fondé leur célébrité, en même temps qu'ils contribuaient à établir sur une base solide l'unité de la France et de la monarchie, a complété d'une manière remarquable l'œuvre, déjà si grande, de ceux qui leur avaient montré le chemin. Hommes de résolution et d'énergie, ils n'ont reculé devant aucun sacrifice pour assurer le succès de leur cause et de celle de leur souverain. Semblables à quelques-

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