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LIVRE PREMIER. CHAPITRE

et même de subordination dominait partout. On aspirait à la civilisation, tout en se sentant incapable d'en jouir. On n'en connaissait pas le mot, et la chose était déjà presque dans tous les cœurs. Il fallait un ordre social et une forme de gouvernement en rapport, tout à la fois, avec ces aspirations généreuses et avec l'impuissance où chacun se trouvait de les réaliser. Les principes du gouvernement impérial, ceux de la bande errante, ceux de la tribu libre de la Germanie étaient devenus inapplicables. Mais on se trouvait en face de circonstances d'où devait nécessairement sortir l'organisation nouvelle. Les anciens bénéfices, convertis en fiefs et en arrière-fiefs, les alleux, livrés au régime féodal par un besoin général de défense et de protection, couvraient l'ancien territoire de Charlemagne de petites royautés ayant chacune en ellemême tous les éléments du pouvoir et de l'administration. Aux esprits de l'époque s'offraient ainsi des gouvernements à leur taille, selon leurs vues bornées et leurs relations restreintes. Les ducs, les comtes, les anciens gouverneurs de provinces trouvèrent ainsi à satisfaire leurs ambitions et se transformèrent en autant de petits souverains, ayant chacun droit de fief et de justice sur tout un peuple de travailleurs, serfs ou colons, facilement décorés du titre de sujets. La grande royauté ne pouvait plus rien en présence de cette multiplicité de petits rois, se renfermant chacun dans son domaine, dans son château, au milieu de ses hommes, et s'afîranchissant ainsi de ce pouvoir central autrefois si fort et si étendu. Tous les éléments de la société régulière, les lois, les jugements, les impôts, les monnaies, les guerres, les tyrannies, les libertés, au lieu de se mouvoir dans une grande unité

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gouvernementale, «e resserrèrent dans de petits territoires isolés, changés ainsi tout à coup en autant de petits gouvernements absolus.

Ce nouveau régime fut d'ailleurs reconnu tellement nécessaire et tellement conforme à l'état des esprits de cette époque, que presque tous les Étals Tadoptèrent, ou plutôt s y soumirent comme à un fait inévitable, et contre lequel nulle résistance n'était possible. En Allemagne, les anciens duchés germains, représentant autant de nationalités distinctes, se reformèrent sous les derniers Carlovingiens et se maintinrent, dès le dixième siècle, même en présence d'un prince élu par tous les seigneurs. Les comtés et margraviats de l'empire furent ainsi absorbés, sans toutefois être détruits, par de pelils États plus considérables, et trouvant en eux-mêmes la force nécessaire pour tout dominer. Bientôt s'établit une aristocratie nouvelle, celle des évêques à qui les princes saxons, pour combattre l'ascendant toujours croissant des duchés, conféraient des domaines à titre de fiefs et donnaient ainsi sur de nombreux vassaux un droit de souveraineté. Enfin, l'hérédité, déjà proclamée en France par l'édit de Charles le Chauve, vint couronner l'édifice avec l'aide de Conrad le Salique, qui la proclama d'abord pour l'Allemagne, puis pour l'Italie du Nord, dont les déchirements prolongés avaient permis à l'aristocratie féodale de s'affermir au milieu de populations lasses de désordre et d'anarchie. L'Italie du Sud eut aussi sa part de féodalité au siècle suivant, par suite des conquêtes d'aventuriers normands sur Naples et la Sicile. Il en fut de même en Angleterre après la victoire du duc Guillaume de Noimandie; en Asie, après la fondation du royaume

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