‹ Philippe le BelChapitre 21 sur 242 · LIVRE PREMIER. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. CHAPITRE I

de Jérusalem ; en Espagne, où les ricos homes el les hidalgos ne tardèrent pas à organiser, notamment dans l'Aragon, un régime à peu près analogue.

Là ne s'arrêtèrent pas les progrès du régime féodal : pour nous borner à la France, dont nous devons exclusivement nous occuper, non-seulement, à la fin du dixième siècle, la plupart des terres étaient inféodées, mais encore, ainsi que l'a remarqué M. Guizot, le caractère féodal pénétra de plus en plus dans toutes sortes de propriétés. Chaque concession tendit à revêtir cette forme; presque toutes choses devinrent fiefs; tout ce qui constitue la vie civile d'un peuple ou d'une nation fut soumis au môme régime, tant ce régime était reconnu nécessaire et conforme aux mœurs du moment. L'Église elle-même fut entraînée, par l'exemple et par la nécessité, à convertir en fiefs jusqu'au bénéfice temporel de ses prières, c'est-à-dire la (lime destinée à sa subsistance. Malgré les défenses et les ordres de restitution émanés du saint-siége, le clergé de cette époque, en vue de trouver des appuis ot des défenseurs, en Languedoc comme en Bretagne, inféoda au profit des seigneurs laïques cette dîme que les Capitulaires de Charlemagne avaient rendue obligatoire pour tous les fidèles. An douzième siècle, le concile de Latran fut forcé d'intervenir à l'effet de renouveler les défenses d'inféodation, déjà faites par les souverains Pontifes. Mais on interpréta sa décision de manière à ne la faire disposer que pour l'avenir et à considérer comme légitime ce que l'on appelait déjà le fait accompli. De là la maxime que les dîmes inféodées avant le concile étaient propres et patrimoniales aux laïques, qui pouvaient en disposer sans le consentement des évêques, comme de tous leurs autres biens.

Il est facile de se convaincre, par cet exposé des progrès faits par le régime féodal dès le principe de son établissement, que ce régime avait sa raison d'être, à une époque ou tout autre n'aurait pu se maintenir. Et quand on songe que ce régime eut plusieurs siècles, trois au moins, de durée, on est forcé de convenir de son opportunité, de son utilité, de sa nécessité et, par conséquent, sans vouloir donner à ce mot la portée qu'il n'a pas dans la circonstance, de sa légitimité.

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