LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE III
romain, de droit canon ou de droit coulumier, et ne purent, du jour au lendemain, comme le dit Pasquier, « changer leur espée en escriptoire. » Bien que ce fût pour eux un devoir féodal de venir assister le suzerain en sa cour, ils trouvèrent mille prétextes pour s'en affranchir, et les rois qui entrevoyaient déjà, dans l'abstention de leurs anciens rivaux, une circonstance favorable à l'extension du pouvoir monarchique, se gardèrent bien d'en faire un crime à ceux dont l'éloignement volontaire les laissait, pour ainsi dire, maîtres du terrain. Les prélats, de leur côté, trouvèrent bon de rester dans leurs diocèses et de se faire remplacer, le plus souvent possible, dans l'exercice de leurs fonctions judiciaires, par des hommes plus expérimentés.
C'est ainsi que, peu à peu, la cour du roi se peupla de clercs et de légistes ayant pour mission d'éclairer de leurs conseils les prélats et les barons qui daigneraient encore comparaître , et de remplacer môme comme juges ceux d'entre les feudataires qui croiraient devoir s'abstenir. Seulement, lorsqu'il s'agissait de juger un pair ou grand feudataire de la couronne, il fallait, de toute nécessité, que les autres pairs fussent présents ou représentés par un ou plusieurs d'entre eux. De plus, on convoquait dans ces circonstances solennelles, pour assister et concourir môme à la délibération, les grands officiers du palais. C'était ce que l'on appelait alors la Cour des pairsy qui n'était distincte de la Cour du roi que dans certaines circonstances particulières et qui, plus tard, fut confondue avec elle sous le nom de parlement.
Le Parlement, ainsi que nous l'avons déjà dit, suivait le roi dans les excursions qu'il était forcé de
faire dans l'intérêt de son gouvernement. Mais dans iintervalle de ces déplacements, il devait se tenir à la disposition des justiciables et du roi lui-même, pour les aider de son concours dans les difficultés judiciaires ou administratives de chaque jour. On n*a pas oublié, en effet, qu'avant Philippe le Bel, qui le divisa en Cour des comptes, en Conseil d'État et en Cour de justice, le Parlement avait des attributions multipliées, selon qu'on le consultait sur des questions judiciaires, financières ou politiques. Toutefois la régularité de ses réunions n'était pas absolue, et leur nombre variait chaque année selon les circonstances et les nécessités. Sous le règne de saint Louis, il y eut quelquefois par an jusqu'à quatre sessions parlementaires. Plus tard, il n'y en eût plus que deux, et même qu'une chaque année. Seulement, la durée des sessions s'allongeait probablement à mesure qu'on en diminuait le nombre, excepté dans les temps où les troubles politiques et les guerres territoriales ne laissaient, ni aux justiciables ni aux magistrats, le loisir de s'occuper paisiblement de questions d'intérêt privé.
Gela se produisit notamment sous Philippe le Bel, pendant les guerres avec l'Angleterre et la Flandre, et pendant les tristes débats entre le pape et le roi. Dans celte période , qui comprend toute la seconde moitié du règne de Philippe IV, on a constaté que des années entières s'étaient écoulées sans que le Parlement fût réuni. Et cependant, Philippe le Bel a beaucoup fait pour donner à cette institution la grandeur et la puissance qui ont assuré son avenir.
Nous avons dit qu'originairement le Parlement avait des attributions multiples et était consulté, tout à la fois, sur les questions de paix ou de guerre, d'impôts