CHAPITRE II
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Non-seulemenl le régime féodal était devenu nécessaire, mais il offrait encore, dans les circonstances au milieu desquelles il est intervenu, des avantages incontestables; et l'influence salutaire qu'il exerça sur le progrès des mœurs et de la civilisation ne peut être sérieusement méconnue.
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur l'organisation nouvelle pour se convaincre des bons résultats qu'elle amenait avec elle, au point de vue des principes d'ordre, de hiérarchie, de stabilité. Avant elle, en exceptant toutefois l'influence exercée par le gouvernement de Charlemagne sur l'ordre politique et social, tout était livré à une déplorable mobilité; les situations individuelles, les possessions territoriales changeaient à chaque instant de face et de condition. La force brutale constituait seule la raison des choses; le droit n'existait pas, ou n'existait que pour être remplacé sans cesse par un droit nouveau ; pas de fixité pour les fortunes, pas de sécurité pour les individus.
La féodalité consacra d'autres principes : à son avènement, les propriétés s'affermirent dans la main du possesseur qui, fatigué de luttes longues et stériles.
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finit par se renfenner et se fixer dans son manoir, au milieu de sa famille, sous la garde de ses tourelles et de ses ponts-levis, n'ayant au-dessus de lui que le ciel, et exerçant son autorité souveraine sur son peuple de travailleurs. Ce fief, devenu ainsi la propriété fixe du seigneur, lui était d'autant plus cher et d'autant plus précieux, que, par le bienfait de l'hérédité, il en devait transmettre après sa mort tous les avantages au nouveau chef de sa famille, à l'héritier de son titre et de son nom. L'hérédité, presque inconnue de la société barbare où les territoires appartenaient au premier occupant et ne restaient en sa possession qu'à la condition de les défendre sans cesse contre les attaques de chaque jour, l'hérédité, que le régime féodal n'a assurément pas inventée, mais qu'il a remise en honneur alors qu'on l'oubliait de plus en plus, compléta la fixité de la terre dans la famille et rendit hommage à cet instinct suprême de toutes les générations, qui porte le père à ne se complaire dans la vie et à ne se consoler de la mort qu'en songeant qu'il laissera dans ce monde un successeur naturel pour jouir de ce qu'il a fait et continuer le bien qu'il a pratiqué.
Ce n'était pas assez : quoique peuplé par la famille du propriétaire, vivant dans le château, et par la multitude ^es colons et des serfs vivant sur les terres, autour de l'église, le fief serait resté dans un isolement mortel s'il n'avait eu avec les autres fiefs environnants des rapports de mutuels services. On sait comment s'étaient multipliées ces petites royautés territoriales au préjudice de la grande royauté politique. Les grands fiefs, venus directement du chef, à titre de bénéfices de guerre, s'étaient multipliés, soit