LIVRE CINQUIÈME. CHAPITRE III
l'ordonnance de 1297 sur ce point, t le jour de la « Sainct-Michel et le lendemain de Pasques, tuit li « président et li résidant dou parlement s'assemblec ront à Paris, et d'illec li ungs iront à Teschiquier... c Li jour de Troies vers la fin de chacun parlement « seront assenez ordonnéement en telle manière que « de la fin de chacun parlement, cil que debvront c aller au jour de Troies, et qui y seront desputez « par commun accord des présidents, puissent avoir « souffizant tems. >
Philippe le Bel avait à cœur de désigner lui-même les membres de son parlement qui devaient aller présider les sessions provinciales. Il les choisissait, autant que possible, parmi ceux qui lui avaient déjà donné des gages de son dévouement. Guillaume de Nogaret fut un des parlementaires envoyés, en 1306, aux Grands Jours de Troyes.
Les prélats et barons normands virent avec peine cet empiétement d'une juridiction rivale sur leurs anciens privilèges. Les prélats, notamment, firent entendre des protestations énergiques et refusèrent même de siéger à TÉchiquier tant que le roi ne leur en donnerait pas Tordre formel. Ils s'autorisaient, en agissant ainsi, de leur privilège clérical, en vertu duquel le roi seul pouvait les contraindre à siéger comme juges, et leur prétention fut consacrée par plusieurs décisions du Parlement.
Après les évéques, les barons protestèrent à leur tour, et leurs protestations eurent pour résultat de faire insérer dans la charte octroyée en 1315 par Louis X, sous le titre de Charte aux Normands, une disposition spéciale aux termes de laquelle la juridiction de Téchiquier reprit son privilège de juri-
diction soayeraine et indépendante du contrôle parlementaire.
Les Grands Joars de Troves forent moins heureux, en ce sens qu'après être tombés sous la dépendance do Parlement, ils y restèrent jusqu'à la fin. Lorsque la province de Champagne et de Brie fut réunie au domaine par le mariage de Philippe le Bel, elle dut subir le sort des autres provinces de même condition, c'est-à-dire être soumise à la sorveillance et à la direction des commissaires royaox, qoi, pour y faire dominer les institotions nonvelles et prévaloir l'autorité do roi, ne craignirent pas de se sobstituer aux barons et aux prélats, qui avaient jusque-là gouverné le pays. Le vieox Joinville, le dévoué serviteur de saint Loois, né fot même pas épargné : sénéchal des comtes de Champagne, représentant la tradition féodale et chevaleresque des derniers temps, peu disposé peut-être à s'assouplir aux idées purement monarchiques que Philippe le Bel prétendait imposer à tous ses sujets, Joinville ne pouvait continuer à servir un maître dont l'absolotisme était incompatible avec ses souvenirs, et il dot céder ses fonctions à de plus dignes ou de plus dévoués. Quant aux Grands Jours de Troyes, ils eurent la même destinée que toutes les juridictions originairement souveraines et durent se résigner à devenir une simple juridiction royale, dont la présidence était périodiquement dévolue à quatre commissaires du Parlement.
Il en fut autrement du parlement de Toulouse, que Philippe le Bel voulait substituer, par son ordonnance de 1302, aux juridictions antérieures, à condition que les habitants du pays consentiraient à ne pas appeler de ses décisions au parlement de Paris, et