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LIVRE GINQUIEME. CHAPITRE III

qui, par le refus de ses justiciables de se conformer à la condition de son établissement, demeura définitivement supprimé. Il est assez difficile de comprendre, d'une part, pourquoi Philippe le Bel avait imposé aux Toulousains la condition de ne pas appeler au Parlement, qui cependant était pour lui la représentation véritable des progrès du pouvoir centralisateur; d'autre part, pourquoi les Toulousains refusèrent de se conformer à cette condition qui avait pour résultat de donner le privilège de la souveraineté à la juridiction locale, et de leur épargner de longs et pénibles déplacements pour venir au Parlement demander justice en dernier ressort. Quoi qu'il en soit, ce refus des habitants de Toulouse et des environs motiva le maintien, dans Tenceinte du parlement de Paris, de la section spéciale destinée à l'expédition des affaires de la langue d'oc, et à laquelle on donnait encore, en i309, le nom d* Auditoire ou de Chambre de droit écrit.

Telles étaient, sous Philippe le Bel, l'organisation et les attributions du parlement de Paris, qui, jusqu'au quinzième siècle, demeura en France la seule et unique juridiction souveraine, étendant son contrôle sur tous les points du royaume et couvrant de sa protection tous les justiciables lésés dans leurs plus chers intérêts. Sous Philippe le Bel, cette institution devint pour la royauté une arme toute-puissante, pour activer la destruction du régime féodal, aux justices duquel elle substituait progressivement sa compétence en leur imposant sa domination, et pour centraliser tous les pouvoirs dans la main du roi, en proclamant que du roi émanait toute justice et, par conséquent, toute vérité. Le droit royal, il le proclama contre les grands, qui ne pouvaient se résoudre à abandonner

leurs anciens privilèges, contre les communes, qui ne sachant pas se contenter de libertés modérées, rêvaient une indépendance impossible et forçaient le pouvoir central à les protéger contre leurs propres excès. En même temps, il concourut à toutes les grandes mesures susceptibles d'assurer la solidité du trône ; il maintint avec énergie l'inaliénabilité du domaine, rincessibilité des privilèges de la couronne, la prééminence du droit national. Enfin, en préparant Tunité de la législation par l'interprétation large des coutumes contradictoires, par leur combinaison savante avec les principes du droit romain, par l'uniformité de sa jurisprudence, il prépara la grande unité française, qui, de siècle en siècle, devint de plus en plus compacte, de plus en plus solide, de plus en plus inébranlable, malgré les efforts successivement dirigés contre elle par de redoutables ennemis.

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