‹ Philippe le BelChapitre 218 sur 242 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Au point OÙ nous sommes arrivé de celte étude du règne, du caractère et des actes de Philippe le Bel, nous nous trouvons en présence d'un progrès social déjà sensible et d'un remarquable concours de faits accomplis sous l'influence de cette idée de domination absolue du pouvoir royal sur tous les autres pouvoirs, qui constitue la base de la politique du petit-fils de saint Louis. La féodalité est tellement affaiblie et tellement déchue de son ancien prestige, qu'il faut désormais peu de chose pour l'abattre entièrement, et que chacun des derniers jours qui lui sont comptés amène pour elle un dépérissement nouveau. La papauté, jadis si puissante et si dominatrice, lorsqu'elle appelait les peuples aux croisades, lorsqu'elle faisait et défaisait à son gré les empereurs et les rois, lors-

qu'elle imposail des lois au monde catholique, en vertu de son infaillibilité, la papauté a trouvé sou maître et se voit forcée de reconnaître que^ dans certains cas, il faut qu'elle se soumette et se résigne aux principes nouveaux. Le clergé, dont la part était si grande, dont l'influence était si décisive dans les vicissitudes sociales et politiques, se voit réduit à une situation inférieure, à un rôle secondaire, à une action contenue dans d'étroites limites. La chevalerie, dont l'élan généreux donnait aux croisades un caractère de grandeur incontestable, s'humilie de plus en plus dans les persécutions qu'on lui fait subir, et peut voir son arrêt de mort dans la terrible sentence qui livre les Templiers au bûcher. Les communes, qui, à force de courage et de persévérance, arrachaient aux rois et aux suzerains des chartes d'émancipation et des gages de liberté, se sentent tout à coup dominées par un pouvoir supérieur et se voient enlever un à un les privilèges dont elles se croyaient investies pour toujours. Toutes les forces, toutes les puissances qui faisaient du moyen âge une glorieuse époque de transition entre la barbarie primitive et la civilisation naissante, sont obligées de s'effacer et de s'anéantir. La royauté, au contraire, sortant progressivement de l'oubli où, pendant plusieurs siècles, l'avaient laissée les événements, s'élève et grandit de manière à montrer déjà quels seront dans l'avenir son rôle et sa destinée. Tout ce qui gène sa marche, tout ce qui s'oppose à son élévation, tout ce qui l'arrête dans l'extension indéfinie de son autorité despotique est impitoyablement mis à terre. Dans la société nouvelle qui n'est encore qu'à sa naissance, mais dont les développements se manifestent de jour en jour, tout

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