LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE
s'incline, tout s'abaisse, tout s'bumilie devant le roi qui règne, et qui ne veut voir autour de lui que des inférieurs et des sujets.
Mais, en même temps, ce roi dominateur sait mettre à profit chacune des décadences et des chutes qu'il provoque ou auxquelles il assiste. Dans les ruines dont il est entouré, il trouve des éléments de force et de vie, et de chacun des débris qu'il a sous ses pieds il sait tirer, pour Tordre social qui se meurt, un principe de résurrection. Aux communes il prend l'élément populaire, la bourgeoisie, le tiers-état, dont il fait peu à peu un moyen de gouvernement, en lui confiant l'administration des villes, en l'associant à la distribution de la justice, en l'unissant aux prélats et aux barons dans les assemblées générales des représentants du pays. A la papauté il prend ses conciles, pour s'armer au besoin de leurs décisions contre les ennemis qu'il veut abattre, et se prévaloir de leur autorité contre ceux qui blâmeraient la témérité de ses actes ou l'impiété de ses intentions. A la féodalité il prend ces hommes, d'abord humbles et modestes, mais bientôt fiers et entreprenants, que leur amour de certaines études rendait légistes, que leur science faisait appeler au secours de l'incapacité juridique des seigneurs, que leur dévouement au prince fait asseoir sur les plus hauts sièges de la magistrature, et dont l'esprit politique se développe de manière à les élever peu à peu aux premières fonctions de l'État.
Nous les avons vus à l'œuvre pendant toute cette époque de transition, où la monarchie naissante luttait contre les derniers efforts du régime féodal expirant. Nous les avons vus accompagner leur maître dans toutes ses entreprises, l'aider de leurs conseils, le
soutenir do leurs encouragements, s'identifier avec ses projets, avec ses actes, avec sa personne tout entière, jusqu'à ne faire, en quelque sorte, avec lui qu'une seule et mémo personnalité. Comme eux, le roi dont nous avons essayé de reproduire les traits principaui avait poussé aussi loin que possible la résolution de tout soumettre à son inflexible logique. Pour lui comme pour eux, un principe n'avait de valeur que lorsqu'on avait le courage de le poursuivre jusqu'à ses extrêmes conséquences et de lui faire produire tous ses fruits. C'est ainsi que nous l'avons vu ne reculer devant aucun obstacle, devant aucune résistance, pour accomplir ce qu'il avait résolu, pour toucher le but qu'il s'était proposé.
Au milieu même des plus sérieuses préoccupations de la politique, il allait jusqu'à s'occuper de choses en apparence futiles; il y voyait une occasion d'accroître sa force gouvernementale et de montrer à tous l'univei^salité de son pouvoir. La manière dont il exerça ce pouvoir, au point de vue législatif comme au point de vue judiciaire, prouve combien il s'était convaincu de cette idée que, pour arriver au résultat que l'on désire, il ne faut négliger aucun moyen, et que si ce résultat doit être la gloire ou la grandeur d'un pays comme la France, il ne faut s'arrêter devant aucune considération. En matière de législation, nous avons vu combien* il savait appliquer à toute espèce de détails sa vaste capacité politique, combien il savait prévoir et résoudre en même temps les difficultés auxquelles serait soumise l'exécution de telle ou telle mesure, combien surtout, dans les cas les plus graves comme dans les circonstances les plus ordinaires, il aimait agir seul, sans collaborateurs, souvent même