‹ Philippe le BelChapitre 222 sur 242 · LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE l · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE l

t A tous ceulx qui verront, orront ces présentes lettres, li nobles et li communs de Cbampaigne : pour nous, pour les païs de Vermandois, de Beauvoisis, de Ponthieu, de la Ferre, de Corbie, et pour tous les nobles et communs de Bourgoigne, et pour tous nos alliez et adjoincts estans dedans les poincts du réanime de France, salut. Sçachent tuis que come trez excellent et trez puissant prince, nostre trez chier et redouté syre Philippe, par la grâce de Dieu, roy de France, ait faict et relevé plusieurs tailles, exactions, subventions, non deûz, changement des monnoyes, et plusieurs aultres choses qui ont esté faictes : par quoy li nobles et li communs ont esté moult grevez, appauvris, et à moult grand meschief pour les choses dessus dictes qui encorre sont. Et il n'appert pas qu'ils soyent tournez en rhoneur et proufict dou roy ne dou réanime, ne eji défension dou proufict commun. Desquelx griefs nous avons plusieurs fois requis et supplié humblement et dévotement le dict syre li roy que cez choses voulist desfaire et deslaisser; de quoy rien nen ha faict. Et encorre en ceste présente année courant, par Tan 1314, le dict nostre syre li roy ha faict impositions non deuement sur li nobles et li communs dou réanime, et subvention lesquelles il s'est efforcé de lever; laquelle chose ne pouvons souffrir ne soustraire en bonne conscience, car ainsy perdrions nos honneurs, franchises et libertez, et nous et lis qui aprez nous venront. Par lesquelles choses dessus dictes, nos li nobles et communs dessus dicts et pour nos et pour nos parents et alliez, et aultres dans les poincts du réanime de France, en la manière que dessuz est dict, avons juré et promis par lïos

serments beaamenl et en bonne foy, par nous et nos hovrs aux comtés d'Auxerre el de Tonnerre, aux nobles et aux communs des dicts comtez leurs alliez et adjoincts que nos, en la subvention de la présente année, et tous aultres griefs et novelletez non deuement faictes et à faire, au temps présente! à venir, que li roys de France nos syres ou aultres voudront faire, los aideront et secourerons à nos propres coustes et despens... et à sçavoir qu*en cesle chose faisant avons retenu et retenons, voulu et voulons que toutes les obéissances, féautez, léautez, et homages jurez et non jurez, et toutes aultres droictures que nous debvons aux roys de France nos syres et à nos aultres seigneurs, et à tous leurs successeurs, soient saulvées, guardées et réservées. •

Malgré le ton général de Gerté qui caractérise cette proclamation de la noblesse et de la bourgeoisie coalisées, on ne peut cependant s'empêcher d y trouver lexpression du triomphe obtenu par la royauté sur les prétentions féodales. Si les seigneurs réclament contre l'absolutisme, ce n'est plus comme feudataires indépendants, c'est comme sujets. Lorsqu'ils parlent du roi, ce n'est plus le suzerain, c'est le très-cher et redouté sire^ par la grâce de Dieu, roi de France ; lorsqu'ils parlent de ce qu'ils lui doivent, ce ne sont plus seulement des devoirs de vassaux, ce sont les c droictures que nous devons aux roys de France^ nos syres. > Évidemment, il n'est plus question des droits absolus de la féodalité, et la reconnaissance du pouvoir monarchique est explicitement contenue dans la protestation elle-même de ceux qui se sont montrés ses plus incapables ennemis. Ce qu'attaquaient les barons

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