LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE II
liante encore. Le concile de Lalran leur avait enjoint de porter sur la poitrine un signe consistant en « une « rouelle jaune ou mi partie blanche et rouge. » L'ordonnance de Louis X leur enjoignit de porter le même signe < large d'un blanc tournois d'argent au plus et « d'aultre couleur que la robbe pour estre mieux et « plus clèrement apparent. » De cette manière, ils étaient désignés au mépris public, obligés de vivre à part comme des parias ou des lépreux, isolés au milieu de la foule, qui pouvait les poursuivre de ses huées ou les accabler de ses dédains , considérés comme issus de races serviles ou déchues, voués à une servitude perpétuelle et indignes à tout jamais de la liberté.
Louis X fut plus humain et plus libéral pour les laboureurs, en faveur desquels il rendit plusieurs ordonnances protectrices, dont une notamment défendit de faire main basse, comme c'était alors la coutume, sur les biens de ces travailleurs, t sous peine d'infamie et du quadruple de la valeur de ces biens. »
Il y eut sous ce règne quelques mesures utiles et quelques tendances généreuses. Nous avons signalé déjà la belle ordonnance d'affranchissement des serfs, du 3 juillet 1315, commençant par ces mots : c Comme « selon le droict de nature^ chacun doibt naistre franc, *
Ce fut là évidemment, malgré les tentatives faites par quelques historiens pour déprécier cet acte, en le rabaissant au rang d'expédient financier, ce fut là, disons-nous, une grande et noble pensée que le jeune fils de Philippe le Bel aurait certainement fait fructifier, si les troubles nombreux qui signalèrent son règne ne l'avaient forcé de porter ailleurs son attention, et si la mort n'était venue, après dix-neuf mois
de goavernemeat, l'interrompre, âgé de vingt-cinq ans à peine, dans Texécution de ses projets.
À la mort de Louis le Hutin, de nouvelles difficultés se présentèrent, dont la première et la plus grave était relative à Tordre de succession au trône, qui jusqu'alors avait été régulièrement suivi. Jusqu'alors, en effet, sauf deux on trois exceptions inaperçues, la descendance directe et masculine n' aidait jamais fait défaut aux familles royales, et le trône avait été transmis de mâle en mâle, naturellement et sans opposition. A la mort de Louis X les choses se compliquèrent et menacèrent de donner lieu à de vives contestations. Le roi laissait une fille et une veuve encore enceinte; par conséquent la question s'élevait de savoir si le trône devait appartenir de plein droit à la princesse royale, ou s'il fallait attendre l'accouchement de la reine veuve pour décider la question en faveur du fils qu'elle pouvait mettre au monde, ou si, en tous cas, la princesse royale étant encore mineure, il n'y aurait pas lieu de recourir à une régence qui concilierait momentanément tous les intérêts. Ce fut ce dernier parti qui prévalut, et Philippe le Long, frère aîné du roi mort, fut nommé régent du royaume, avec droit de jouir de tous les privilèges et bénéfices de cette dignité, jusqu'à ce que la princesse royale existante et l'enfant qui devait naître fussent parvenus à leur majorité.
Mais cette décision ne tranchait la question que pour un temps très-limité, et la difficulté devait inévitablement reparaître lorsqu'on serait fixé sur le résultat de l'accouchement de la reine veuve. Dans Tintervalle, Philippe le Long eut à prendre les armes contre le comte Robert d'Artois que le Parlement avait