‹ Philippe le BelChapitre 234 sur 242 · LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. — CHAPITRE II

récemment dépouillé de son fief au profit de la comtesse Mathilde, propre belle-mère du régent. Il s'agissait de la réunion de ce fief à la couronne, et Philippe voyait dans cette réunion un intérêt considérable pour les siens et pour le pays. Aussi, avait-il convoqué tout le ban féodal et pris Toriflamme à Saint-Denis pour marcher contre Robert qui , au mépris de l'arrêt du Parlement, avait relevé le gage de bataille et tentait de recouvrer par la force ce que la justice Tavait déclaré incapable de posséder. Toutefois les préparatifs de cette guerre faite par Philippe le Long, et le déploiement de ses moyens d'attaque et de défense, eflfrayèrent Robert, qui s'avoua vaincu sans combat, se constitua volontairement prisonnier et consentit à ce que l'Artois fût mis en séquestre jusqu'à ce qu'une réunion de pairs et de seigneurs eût définitivement fixé, sur la possession de ce fief, le droit de chacun.

A son retour à Paris, Philippe apprit que la veuve de Louis X était accouchée d'un enfant mâle auquel on avait donné le nom de Jean, et que cet enfant était mort après cinq jours seulement d'existence maladive. Cet événement fut, pour le régent, le point de départ d'une destinée nouvelle. La situation changeait évidemment de face; Philippe se retrouvait en concurrence avec la fille du roi défunt; et la quçstion se posait de nouveau , de savoir si cette fille hériterait du trône vacant, ou si, déclarée incapable de régner, elle serait forcée d'abandonner la couronne à l'aîné de ses oncles paternels, c'est-à-dire au plus proche parent masculin du dernier roi.

Plusieurs circonstances concoururent à faire proclamer roi le régent de France , sous le nom de Philippe V. Parmi les défenseurs de la jeune princesse, il

y avait le duc de Bourgogne, frère de sa mère, la trop fameuse Marguerite de la Tour de Nesle. Ce prince prétendit que sa nièce était la seule héritière du trône, à l'exclusion de tous les collatéraux, et signifia même, en tant que de besoin, à larchevêque de Reims, une opposition à ce qu'il fût procédé au sacre de toute autre personne. En présence d'une telle résistance, Philippe convoqua les États généraux auxquels se rendirent en masse un grand nombre de seigneurs, de nobles, de prélats, avec la plupart des bourgeois de Paris, qui furent alors à peu près complètement chargés de représenter le tiers-état français. Le vote de l'assemblée fut unanime pour décerner la couronne au frère aîné de Louis X. Le pape Jean XXII, successeur de Clément V, que les cardinaux avaient été deux ans sans se décider à élever au trône pontifical, et dont Philippe, du vivant même de son frère et par délégation de ce dernier, avait pris sur lui d'enlever de force la nomination, s'empressa de reconnaître comme roi celui à qui il devait sa dignité. Des barons, les bourgeois des provinces, qui n'avaient pas assisté à l'assemblée des États, envoyèrent leur adhésion à la décision de cette assemblée. Les bourgeois témoignèrent ainsi leur reconnaissance à Philippe le Long qui, par une ordonnance récente, leur avait donné le droit d'avoir, dans chaque ville, un capitaine-général avec un certain nombre de fantassins et de cavaliers armés. C'était une espèce de garde bourgeoise qui permettait aux villes de se défendre contre les attaques injustes dont elles pouvaient être l'objet de la part de leurs suzerains. Les délégués des provinces méridionales, et principalement du Languedoc, s'unirent à tous les autres pour jurer fidélité au nouveau roi qui, en re-.

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