‹ Philippe le BelChapitre 236 sur 242 · LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE II

lions féminines, qui prévaut encore de nos jours dans leâ races souveraines. Tel fut le motif véritable qui fît décerner la couronne de France à Philippe le Long, à Texclusionde la fille de Louis le Hutin, comme il la fît décerner, quelques années plus tard, et dans des circonstances analogues, à Philippe de Valois, cousin de Philippe le Long et de Charles le Bel, à l'exclusion de leur sœur Isabelle, mère du roi d'Angleterre, et malgré les réclamations de ce dernier.

Philippe V, devenu maître de la situation, et rentré pleinement en possession des droits monarchiques qui lui avaient été un instant contestés, comprit qu'il était temps de mettre de nouvelles digues à l'envahissement féodal, et de revenir progressivement aux traditions gouvernementales de Philippe le Bel. Après avoir découragé les ligues réactionnaires, il voulut réagir lui-même contre la réaction impuissante, et réparer, autant qu'il le put, les malheurs que cette tentative téméraire avait occasionnés. Les favoris du roi son père, contre lesquels s'étaient appesanties les représailles et les vengeances de Charles de Valois, furent indemnisés, aussi complètement que possible, des pertes qu'ils avaient éprouvées. Les légistes , dont les études spéciales et le génie politique avaient été d'un si grand secours dans la question de succession au trône, furent appelés, comme jadis, à donner leurs conseils au nouveau roi, à préparer des ordonnances pour le rétablissement de tous les services, et à prendre part, aussi directement et aussi activement qu'ils l'avaient fait sous Philippe le Bel, à toutes les mesures propres à affermir le pouvoir.

Il y eut dans ce moment solennel un remarquable mouvement d'équilibre, par lequel chaque chose re-

prit sa marche naturelle et son progrès régulier. Philippe le Bel avait poussé jusqu'à l'excès les conséquences de son principe d'absolutisme, et provoqué contre cet excès une inévitable réaction. Mais l'excès contraire se produisit alors : d'une centralisation politique exagérée, on fut sur le point de passer à un morcellement indéfini de souveraineté. Entre ces deux excès, il fallut, pour ramener l'ordre et la paix, prendre, pour ainsi dire, un moyen terme, capable de satisfaire toutes les exigences et de concilier tous les intérêts. C'est ce que tenta de faire le second fils de Philippe le Bel , dont presque toutes les ordonnances ont pour tendance générale d'asseoir la royauté sur une base solide, en éloignant d'elle tout prétexte d'hostilité, et en la sauvegardant contre elle-même par les obstacles apportés à l'extension immodérée de son pouvoir.

A partir de ce règne , le domaine royale s'accroîtra de tous les apanages possédés par le prince au jour de son avènement, et le roi ne pourra ni donner, ni aliéner viagèrement ou héréditairement, sous quelque forme que ce soit, aucun bien ainsi incorporé. Avant Philippe le Long, bien des efforts avaient été faits par nos rois pour prévenir la dilapidation des biens de la couronne, ou réparer les fautes commises, en pareille matière, par leurs prédécesseurs. Mais ce fut lui qui, le premier, introduisit dans le droit public français la maxime de rinaliénabililéet del'imprescriptibilitédu domaine royal, maxime que François P*" confirma d'une manière si remarquable par son ordonnance du 30 juin 1539 en ces termes : t Sçavoir faisons que nous, c considérant nostre dict domaine et patrimoine de la « couronne de France, tant par la loi de nostre dict

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