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LIVRE SIXIÈME. CHAPITRE II

élever la royauté presque au rang d'un dogme politique, à lui donner tout le prestige, toute Tautorité qui lui sont nécessaires, à la préparer enfin à soutenir des luttes nouvelles, et à sortir de ces épreuves, pendant plusieurs siècles, victorieuse de tous ses ennemis.

Charles IV profita de ce que son frère Philippe V était mort, ne laissant que des filles, et, par application du principe récemment admis contre la succession des femmes à la couronne, monta sur le trône sans difficulté. Son premier soin fut de recommencer contre la noblesse et la féodalité la lutte entreprise par ses prédécesseurs, et interrompue par quelques protestations promptement réduites au silence. Avec le secours du parlement dont la juridiction s'était définitivement imposée à tout le royaume, il passa sur les têtes les plus hautes comme sur les fronts les plus humbles le niveau de la loi. Seigneurs et roturiers, grands et petits furent soumis au même contrôle, à la même justice et aux mêmes peines. Dans toutes provinces il y eut des commissions royales chargées de sévir contre les nobles trop avides du bien d'autrui, et de châtier les juges trop faibles dans l'accomplissement de leurs devoirs.

Un seigneur nommé Jourdain de Lille, comte de Cazaubon, en Languedoc, se croyait tout permis parce qu'il avait épousé une nièce du pape. A l'abri de cette alliance, qui aurait pu lui inspirer de meilleurs sentiments, il se livrait à tous les excès, commettait tous les crimes, ne reculait devant aucune violence pour satisfaire les passions les plus viles, et était devenu un objet d'horreur et d'épouvante pour tout le pays. Le roi ému de tant de scandales, résolut d'y mettre un terme, et fit citer le seigneur coupable devant le par-

lemeat, pour y répondre de sa conduite, et s'y voir condamner aax peines qu'il avait encourues. Cette citation, au lieu de faire rentrer le comte en lui-môme, lui fournit, au contraire, Toccasion de commettre un nouveau crime. Lorsque Thuissier royal se présenta pour lui signifier son exploit, il s'empara du bâton fleurdelisé que portait cet officier, comme insigne de ses fonctions, et Ten frappa avec une telle violence, qu'il le tua sur le coup. Après avoir commis ce meurtre, il s'entoura d'un cortège composé de barons et de membres des premières familles d'Aquitaine, et se présenta ainsi escorté devant le Parlement dont il osa braver la justice jusqu'au moment même le plus solennel. Mais le Parlement ne se laissa pas intimider par cette forfanterie de grand seigneur, oublieux des progrès de son siècle et de la décadence des privilèges nobiliaires. Il condamna comme un criminel vulgaire le noble comte de Gazaubon, neveu du pape, allié aux premières familles de la province, à être dégradé, traîné à la queue d'un cheval, et pendu haut et court au gibet de Montfaucon. L'arrêt qui prononçait cette condamnation fut exécuté dans toute sa rigueur, comme un exemple de la résolution avec laquelle les nobles prévaricateurs devaient être désormais soumis aux mêmes peines que les roturiers.

C'était, en effet, une preuve terrible du progrès qu'avait fait la royauté sur le régime féodal, que cette exécution d'un seigneur qui , quelques années auparavant y aurait pu se retrancher dans son fief, et se mettre à l'abri de toutes poursuites et de toute peine. Les nombreux crimes qu'il avait commis n'étaient que ce qu'on appelait alors des crimes prives. Le droit féodal n'avait pas été violé; la foi de l'homme lige vis-

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