‹ Philippe le BelChapitre 27 sur 242 · LIVRE PREMIER. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. CHAPITRE II

quefois si mal compris de nos jours, fut le signe véritable de la dignité personnelle; la femme prit sur le guerrier, dont elle assouplit la rudesse, une influence de moralisation; l'amour idéal et religieux remplaça la passion physique et brutale; les traditions merveilleuses et les nobles enthousiasmes devinrent pour la littérature une source féconde d'inspiration. La littérature, en effet, prit à l'époque féodale un développement qui ne s'arrêta qu'au moment où la royauté absolue vint mettre partout des obstacles à la libre expansion de l'esprit. La langue, alors dans son enfance, n'offrait pas aux écrivains toutes les ressources dont ils avaient besoin; mais les efforts des prosateurs et des poètes pour obtenir d'elle tout ce qu'elle pouvait leur donner sont dignes de remarque. Les prouesses guerrières des héros de Charlemagne, de Phi lippe- Auguste et de saint Louis donnèrent lieu à des productions qui, de nos jours encore, malgré la langue à moitié barbare dans laquelle elles sont écrites, ne manquent pas d'admirateurs. Les saillies de l'esprit furent exprimées avec un naïf enjouement; les délicatesses du sentiment furent chantées avec une grâce singulière; les actes d'héroïsme et de vertu furent célébrés tantôt avec un lyrique enthousiasme, tantôt avec une mâle simplicité. Tous les faits historiques, anciens ou nouveaux, furent mis â contribution par l'imagination des trouvères et se transformèrent en autant de poèmes où les richesses de la poésie s'unissaient aux rudesses de la réalité. Les conteurs et les rapsodes firent admirer la malice et la gaieté de leurs inventions; quelques satiriques montrèrent une vigueur remarquable, et le ton maniéré des principaux romanciers ne fut pas sans charme

pour les lecteurs. La Chanson de Roland^ le Roman de la Rose^ le Roman de Renard dominent encore aujourd'hui toute cette littérature, déjà si éloignée de nos habitudes et de nos mœurs.

Ajoutons, pour être complet, en faveur du progrès intellectuel des temps féodaux, que c'est à cette époque que fleurirent les plus savantes écoles, où enseignaient les plus grands docteurs, et qu'il faut remonter jusqu'à elle pour trouver rorigirie de nos pompes catholiques, de nos chants religieux et de ces immenses cathédrales qui surpassent en magnificence toutes les merveilles de l'antiquité.

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