LIVRE PREMIER. CHAPITRE IV
gime féodal ne tarda pas à devenir pour ce régime une véritable source de destruction.
L'origine des premières communes a donné lieu à bien des opinions diverses; mais il est maintenant admis, par les historiens les plus autorisés, qu'il faut la rapporter à trois circonstances principales : 1° la persistance de la municipalité romaine, même après l'invasion des barbares et l'établissement de la féodalité; 2<* les affranchissements volontairement accordés, soit par les seigneurs, à l'instigation des rois, soit par les rois eux-mêmes, en vue de l'amoindrissement des seigneurs; 3^ les insurrections de cultivateurs et de bourgeois, fatigués de l'oppression féodale, ruinés par les exigences des suzerains.
La religion eut aussi sa part dans l'augmentation du nombre et de l'importance des communes. On sait déjà quel appui elle donnait aux malheureux épuisés par les spoliations incessantes des propriétaires de fiefs; elle fit plus encore en leur faveur, elle leur ouvrit ses églises, et là ils trouvèrent un abri contre les poursuites de leurs oppresseurs : c'est ce qu'on appela le droit d'asile. Ce droit s'établit à une époque où les communes proprement dites commençaient à peine à se former. Elles n'avaient alors ni fossés ni remparts pour se défendre; mais elles avaient une église, et là, sous la garde de Dieu, chacun pouvait se réfugier et s'abriter contre toute violence extérieure. Le plus ordinairement on ne venait pas seul; on amenait avec soi tout ce qu'on avait de plus cher, sa femme, ses enfants, sa famille et ses instruments de travail. Alors, une fois en sûreté, on s'établissait définitivement sur la terre protectrice; au lieu de faire profiter de ses labeurs et de son industrie le maître
qui avait tant abusé de son pouvoir, on en dotait le pays à qui l'on devait son salut. De cette manière se multipliaient et s'enrichissaient certaines agglomérations d'habitants, dont la religion* la première, avait sauvé tout à la fois et les biens et la liberté.
Pendant quelque temps, ces nouvelles communes prospérèrent; mais leur prospérité ne fut pas durable. Toutefois l'instabilité de leur fortune finit par devenir la cause principale de leur affranchissement. L'affranchissement communal s'appliqua non-seulement aux municipalités de création récente, mais encore aux vieilles municipalités d'origine romaine, qui, après mille péripéties, avaient définitivement triomphé de tout ce qui paraissait devoir les anéantir. Ces municipalités n'avaient aucune existence régulière ; on les connaissait, on les tolérait, mais on ne leur attribuait aucune date, aucune origine légale; elles n'avaient, pour ainsi dire, pas d'état civil; par conséquent, quoique libres, elles étaient à la merci du premier venu. Le grand bienfait de la royauté, à cette époque, fut de régulariser leur sort et, par des chartes spéciales, ^de leur assurer une existence indiscutable et une prospérité toujours croissante.
D'autres communes s'affranchirent elles-mêmes et appelèrent la violence à leur aide pour secouer le joug féodal. A mesure qu'elles s'enrichissaient, leurs suzerains multipliaient leurs exigences. Tout commerce, toute industrie étaient arrêtés par la crainte qu'on avait sans cesse de voir les fruits d'un travail pénible grossir le patrimoine du seigneur. Pour remédier à tant de misères, on recourut à l'insurrection : c'était l'application brutale de ce droit de résistance, qui était un des éléments de l'organisation