‹ Philippe le BelChapitre 44 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE I

lant plus d'entraînement, que le^ circonstances lui fournirent tous les moyens de le devenir.

Au moment où il est monté sur le trône, les rois ses prédécesseurs avaient admirablement préparé le terrain sur lequel, devait s'élever un jour le glorieux monument de l'unité française. Louis le Gros, par ses premiers affranchissements de communes, Philippe- Auguste, par ses annexions de grands territoires, saint Louis, par ses conquêtes sur la féodalité, avaient largement ouvert la porte aux réformes et aux constitutions futures. Seulement rien n'était encore véritablement organisé, et ce que nous appelons aujourd'hui le jeu des institutions était chose complètement inconnue. La royauté avajt fait des progrés sensibles par ses empiétements successifs sur les privilèges féodaux. Elle s'élevait au-dessus de tous les pouvoirs de telle manière, qu'aucun ne se trouvait en mesure de lui résister avec succès. Elle était absolue, non parce qu'elle pei*sonnifiait l'universalité des sujets, comme la royauté impériale, non parce qu'elle représentait Dieu lui-même, comme la royauté chrétienne; mais parce qu'elle n'avait autour d'elle aucune puissance capable de contre-balancer ses actes, même les plus arbitraires. Aucune loi politique, aucune institution sociale, aucun principe moral ne lui assignaient des bornes. Elle faisait ce qu'elle voulait, non que l'on crût à son droit de le faire, mais faute d'un moyen connu de l'en empêcher. Elle pouvait à son gré prendre telle forme ou telle autre, la forme despotique ou la forme constitutionnelle, celle du gouvernement par le roi tout seul ou celle du gouvernement partagé, comme en Angleterre, entre le roi, l'aristocratie et les communes. Le caractère du prince régnant devait, en

pareilles circonstances, avoir une influence décisive : tout autre que Philippe le Bel aurait reculé, peutêtre, devant le despotisme; Philippe le Bel ne recula pas et marcha droit devant lui.

Dès ses premiers pas il rencontra, sinon des égaux, la royauté était arrivée à n'en plus reconnaître, du moins certains pouvoirs encore indépendants, insoumis, agressifs, quoique déjà singulièrement affaiblis, et relevant de temps en temps un front superbe, quoique déjà irrévocablement humiliés. D un côté, le clergé cherchait, soit à ressaisir, soit à conserver la prépondérance qu'il revendiquait dans certaines affaires. Les grandes questions relatives à la séparation du temporel et du spirituel s'agitaient toujours. II fallait lutter contre ces prétentions, qui pouvaient aller jusqu'à l'usurpation complète, non-seulement de la direction absolue des églises, mais encore du gouvernement suprême des nationalités, et surtout de la toute-puissance même sur le pouvoir souverain.

D'un autre côté, les feudataires se souvenaient encore du temps où, dans leurs fiefs respectifs, ils jouissaient tout à Fa fois d'une indépendance complète et d'un droit de souveraineté sur tout ce qui les entourait. Us avaient subi, non sans regret et sans résistance, les usurpations et les empiétements de la royauté sur les privilèges territoriaux. Us comprenaient qu'un retour au passé était désormais impossible; mais ils voulaient conserver le peu que leur avaient laissé les prédécesseurs de Philippe, et c'est sur ce point que dut s'élever la grande lutte du nouveau roi contre la noblesse de son temps.

On sait quelle était, dans le principe, la puissance des barons féodaux : chacun d'eux était souverain

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