LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE
judiciaire. Déjà saint Louis avait interdit l'exercice de ce droit dans ses domaines, agissant alors seulement comme roi féodal, et ne prétendant pas étendre sa défense au delà des limites de son fief. Philippe le Bel alla plus loin et fit sur ce point une prohibition générale, ou plutôt restreignit pour tous ses sujets à des cas très-rares, et en le soumettant à des formalités nombreuses, lusage du combat singulier. Ce n'était pas une concession faite à la noblesse dans son propre intérêt; c'était un moyen de mettre un terme à d'interminables querelles domestiques et de sauvegarder Tordre public, en même temps que la paix des familles, par la rencontre de deux champions croisant le fer sous la surveillance et la direction des sergents du roi.
Tout cela était assurément de nature à jeter le trouble dans une corporation aussi fiëre de ses privilèges et de ses prérogatives que l'était la noblesse aux dernières années' de la féodalité. Mais une mesure encore plus vexatoire mit le comble à l'irritation nobiliaire : ce fut celle des anoblissements de roturiers. Jusqu'à Philippe le Bel, un seul anoblissement de cette espèce avait été fait et remontait à Philippe le Hardi, qui, en effet, avait eu la hardiesse de commencer cette grande révolution en anoblissant son argentier*. A cette époque, encore toute pleine des idées et des préjugés de la féodalité, c'était un fait immense dont le contrecoup devait avoir un immense retentissement. C'était tout à la fois et l'abaissement de la noblesse et l'élévation de la roture; c'était un premier pas vers l'égalité des personnes et des condi-
' IsAMBBRT, Anciennes lois, t. II, p. 645.
lions. Les feudataires eurent la prétention de luttei encore à cette occasion contre le pouvoir royal ; mais vaine fut leur résistance, la décision était irrévocable rien ne pouvait y mettre obstacle. Se voyant repoussé d'un côté, ils se relevèrent de l'autre, et ne pouvan pas abaisser la royauté, ils songèrent à s'élever jus qu'à elle, en faisant comme elle des anoblissements Mais ils avaient compté pour cela sans les fidèle conseillers de la couronne, qui ne tardèrent pas proclamer nuls les anoblissements faits par les simple possesseurs de fiefs, et à poser en principe que 1 souverain seul avait droit et pouvoir d'anoblir qv bon lui semblait. Les feudataires furent obligés de $ soumettre; mais ils se consolèrent en se moquant d< nouveaux nobles, pris la plupart parmi les légiste et en leur donnant le titre dérisoire de chevalier è. lois^ qui rappelait en même temps et leur origine n turière et l'élévation nobiliaire dont ils avaient é l'objet.
Indépendamment des anoblissements qui donnaiei à de simples légistes les droits et les privilèges de noblesse, les roturiers obtinrent une faveur à peu pr égale dans la faculté qui leur fut accordée d'achet des fiefs militaires et d'entrer ainsi dans l'associatic féodale. Seulement, ces achats ne leur donnère qu'un droit de propriété sur les fiefs par eux acqui et, malgré les réclamations faites et les prétentio élevées de la part de ces feudataires de création no velle, il fut souverainement déclaré que les nobi seuls avaient droit de porter les armes et la ceintu militaire, à l'exclusion des roturiers, même propri taires de fiefs. Cette exclusion des roturiers avait n cessairement pour résultat de diminuer d'autant I