‹ Philippe le BelChapitre 49 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE I

garanties du suzerain immédiat, qui ne pouvait plus compter sur un vassal désormais inhabile à lui rendre certains services. Mais on pourvut à cet inconvénient en établissant, à la charge du roturier acquéreur d'un fief militaire, une redevance proportionnée à l'amoindrissement des services qu'entraînait son acquisition. On disait alors, en parlant du fief soumis à cette mutation, que c'était un fief abrégé, et l'on appelait droit de franc fief la redevance payée par l'acquéreur au seigneur suzerain du fief tombé en roture, qu'on affranchissait ainsi de la partie la plus importante des services féodaux.

Bien que la redevance de franc fief eût été d'abord établie sur les roturiers acquéreurs de fiefs militaires, elle ne tarda pas à devenir une charge véritable pour la noblesse et un revenu d'une certaine importance pour la royauté. Le fief soumis à la redevance était nécessairement diminué de valeur, et, d'après les principes de la fiscalité féodale, tout fief ayant le roi û" pour suzerain suprême, c'était au roi qu'arrivait défilij nitivement, de suzerain en suzerain, l'indemnité ^\ payée par l'acquéreur, proportionnellement aux ser- ^\ vices ou à la valeur vénale dont le fief acquis voXm- )K rièrement se trouvait amoindri.

li'l La noblesse était donc l'objet d'attaques et de vexais I tions de toute sorte de la part du roi. Le but évident II' du nouveau monarque était d'abaisser le plus possible, 11' et dans la mesure que lui permettaient les circons- If^ tances, cette aristocratie féodale qui était pour ses P vues réformatrices un obstacle de chaque jour. Non i^'i content de s'être donné le droit de faire des nobles à 1^ volonté, il s'attribua le pouvoir de créer des pairs de l^ France, c'est-à-dire de porter ainsi une atteinte des

plus graves aux anciens privilèges des grands feudataires. Sans avoir la prétention d'augmenter le nombre des dignitaires de la pairie, fixé à douze par la cons— titution féodale, il se borna à remplir, par des promotions directes, les vides que la réunion de plusieurs grands fiefs à la couronne avait opérés dans lears rangs. C'était tout simplement une révolution dont le résultat définitif fut de changer la pairie féodale, résultant de la possession d'un fief supérieur, en pairie royale, résultant d'une faveur spéciale accordée par le roi.

Il y avait donc, de la part de Philippe le Bel, ua véritable parti pris de soutenir la lutte contre ce qui restait dans son royaume des derniers vestiges dé la féodalité primitive. Il couronna son œuvre d'abaissément et d'humiliation en accablant d'impôts, sous divers prétextes, cette noblesse qui, récemment encore, avait versé son sang dans les croisades et avait participé de tout son pouvoir à couvrir de gloire, à cette époque chevaleresque, et la France et la royauté.

Mais la réaction nobiliaire eut bientôt son tour : à l'occasion d'un impôt général, établi pour faire face aux dépenses de la guerre de Flandre, la noblesse se révolta et revendiqua les privilèges dont on avait eu la prétention de la dépouiller. De même que la royauté s'était un jour alliée avec le clergé et le peuple pour courir sus aux nobles rebelles, ces derniers s'allièrent avec le peuple et le clergé pour tenir tête à l'ennemi. Il se passa alors quelque chose de presque inouï dans les fastes de l'histoire : dans chaque province, il y eut des associations composées de nobles, de prêtres et de délégués des communes, à l'effet de soutenir la lutte et d'assurer le triomphe de la cause

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