‹ Philippe le BelChapitre 50 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE I

aristocratique. Le but avoué était, il est vrai, la ré~ sistance à l'établissement d'un impôt vexatoire pour tout le monde; mais, en secret, la noblesse se servait de ses alliés pour agir avec plus de force contre r usurpateur et le spoliateur des privilèges féodaux. Ces associations s'étendirent, comme un redoutable réseau, sur toute la France et se rattachèrent les unes aux autres par une commission centrale, formée des représentants de chaque province. On a conservé sur ce point un acte curieux, daté du mois de novembre 1314 *, dernière année du règne de Philippe le Bel, et contenant une déclaration émanée de l'association des principaux seigneurs de Champagne et de Bourgogne, des abbayes, prieurés et chapitres des mêmes provinces, et de plusieurs communes, telles que Ghâlons, Beaune, Autun, Dijon, Ghâtillon et autres de môme importance. Cette déclaration contient, entre autres protestations énergiques contre le roi, ce passage significatif : t Desquels griefs nous avons plusieurs fois requis et supplié humblement et dévotement le dict syre li roy que ces choses voulist défaire et délaisser; de quoy rien n'en ha faict. Et encore en ceste présente année courant, par l'an 1314, li dict nos syre le roi ha faict impositions, non deuement sur li nobles et li communs dou royalme, et subventions lesquelles il s'est efforcé de lever; laquelle chose ne pouvons souffrir ne soustenir en bonne conscience, car ainsi perdrions nos honneurs, franchises et libertés. »

L'année suivante, Philippe le Bel mourut et laissa à ses successeurs la tâche de continuer l'œuvre qu'il

' Bibl. imp., coll. Dupuy, vol. 758, fol. 3.

avait entreprise. La révolte nobiliaire continua, en effet, sous les règnes suivants, dont les discordes; favorisèrent singulièrement l'agitation qu'elle avait pour but principal d'entretenir dans le pays. Lorsque nous aurons occasion d'étudier l'influence des successeurs de Philippe le Bel sur la suite des événements accomplis sous son règne, nous constaterons les résultats définitifs de cette première ligue du bien public, qui, comme celle qui eut lieu cent cinquante ans plus tard, sous Louis XI, ne cachait que des ambitions personnelles sous le masque trompeur de l'intérêt général.

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