PRÉFACE VII
compléter ? Encore une fois je n'oserais rien affirmer sar ces points délicats, et je comprends trop combien il est nécessaire de respecter la chose jugée, même en matière académique, pour ne pas laisser la conscience de mes juges répondre elle-même à de telles questions.
Quoiqu'il en soit, les critiques auxquelles mon travail avait donné lieu n'étaient pas de nature à faire oublier les éloges flatteurs dont il avait été l'objet, ni les encouragements, si pleins de bienveillance, que rèminent organe de la commission avait adressés à son auteur. Je repris donc mon œuvre avec courage, et je m'attachai, dans mon nouveau travail, à concilier, le plus possible, mes sentiments personnels, dont je ne pouvais faire entièrement le sacrifice, avec les conseils qui m'avaient été donnés et dont j'avais à cœur de faire mon profit. J'ai atténué ou supprimé même entièrement certaines phrases, certaines expressions qui, par leur énergie ou leur exagération, avaient paru franchir les bornes de l'équité, ne pas s'accorder avec la gravité de l'histoire, ou contredire certaines appréciations d'un sens tout à fait opposé. Sur ce dernier point je demande toutefois à me défendre contre le reproche d'après lequel j'aurais dit quelquefois, dans une partie de mon livre, le contraire de ce que j'avais soutenu dans une autre. Je ne disconviens pas d'avoir apprécié Philippe le Bel, soit avec sévérité, soit avec indulgence, selon les actes auxquels s'appliquaient mes jugements. Mais je ne crois pas avoir jugé les mêmes actes de deux manières différentes, ni avoir,
Vlll PHILIPPE LE BEL
par exemple, loaé et blâmé tout à la fois des mesures aussi rigoureuses que la condamnation des Templiers et le procès de Boniface VIII. J'ai vu dans ces mesures quelque chose d'odieux, et je n'ai pas hésité à me montrer sévère pour celui qui n'avait pas craint d y recourir; mais j'ai su trouver des expressions d'éloge et même d'admiration, lorsque j'ai rencontré Philippe le Bel améliorant, dans une certaine mesure^ la condition des personnes, donnant aux affranchissements des serfs un nouvel essor, multipliant les bourgeoisies, faisant place au tiers-état dans les assemblées politiques, organisant les corps judiciaires et jetant les premiers fondements de la monarchie proprement dite, par les premiers abaissements de la féodalité.
Si, comme on me l'a reproché, j'ai pu paraître « partial » envers l'Église, en réalité je n'ai été guidé dans l'examen des questions qui la regardent, que par un sentiment d'affection, de reconnaissance et d'inviolable dévouement. De même que, si je me suis montré plus favorable pour elle que pour les autres puissances, ce n'est pas de ma part, comme on m'en a fait le reproche, un t excès de faveur, » mais une faveur légitime qui, selon moi, ne peut jamais être excessive, quand il s'agit d'une telle bienfaitrice. Je mentirais à ma conscience et à ma foi, si je reniais une seule des appréciations que j'ai portées, au sujet des luttes soulevées par Philippe le Bel contre le pouvoir pontifical. Ce n'est pas surtout au moment où je venais de me convaincre, par des études nouvelles, de raction libératrice de l'Église, que je pouvais avoir la pensée