‹ Philippe le BelChapitre 6 sur 242 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

de blâmer les prétentions de son représentant le plus sablime, à une domination qui, peut-être» contient en elle-même le grand secret de la paix des peuples et da bonheur de l'humanité.

Je comprends qu'une telle pçnsée soit en désaccord avec les idées modernes, mais encore une fois je fais abstraction des idées modernes, je me reporte aux treizième et quatorzième siècles, et je ne puis m'empôcher de dire qu'à cette époque les bienfaits civilisateurs de l'Église devaient être encore assez présents dans toutes les mémoires, assez vivants dans tous les cœurs, pour qu'il soit permis de considérer comme autant d'actes d'ingratitude les attaques dont l'Église fut systématiquement l'objet, de la part du prince ou de ses favoris.

Si Philippe le Bel et ses prédécesseurs ont la gloire incontestable d'avoir largement contribué aux émancipations populaires, il faut s'élever jusqu'à l'Église pour trouver le point de départ de ces premiers symptômes de civilisation. « Ce fut d'abord sur les terres < ecclésiastiques, > dit un historien moderne, < que « l'administration se montra plus paternelle, plus « régulière, et que les lois devinrent plus favorables « à la liberté. Ce furent les trêves de Dieu qui « précédèrent les chartes civiles et qui les prépa- « rèrent.

< Ce fut la législation canonique qui travailla la « première aux affranchissements, dans une pensée • d'égalité chrétienne, et offrit ainsi à la législation « civile un modèle à suivre. Ce furent deux papes du

« douzième siècle, Adrien IV et Alexandre III, qui < donnèrent à ce grand mouvement d'émancipation c l'impulsion la plus vive. Ce fut Rome, enfin, qai « en suscitant partout l'opinion publique, entraîna « les gouvernements *. *

Mais les gouvernements oublièrent trop vite cette Rome à qui ils devaient leurs inspirations bienfaisantes et leurs entraînements salutaires. Ils virent une rivale dans celle qui devait être leur guide, et ne comprirent pas qu'une puissance dont les lois sont immuables comme Dieu qui les a faites, devait nécessairement avoir, sur les autres puissances de la terre, une suprématie résultant de sa nature, de son origine et de son immutabilité.

Voilà pourquoi je me suis montré plus favorable à l'Église qu'à Philippe le Bel, lorsque j'ai apprécié la lutte de ce prince contre Boniface VIII. Ai-je été injuste ou excessif dans mes rigueurs contre le roi et dans mes faveurs pour le pape? Je puis le craindre, puisqu'une haute autorité me l'a fait pressentir, et pourtant je ne trouve aucun reproche à me faire; car, en abordant une question aussi brûlante que ce grand débat de l'Église et des pouvoirs temporels, au milieu des vivacités contradictoires auxquelles il donne encore lieu de nos jours, si je me suis laissé entraîner de préférence à la suite de l'Église, je me suis fait un devoir de n'obéir qu'aux deux seuls guides qu'un

' M. Darestk, Histoire de France, couronnée par TAcadémie française.

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