ADMINISTRATION GÉNÉRALE
Pour soutenir ces luttes et pour parvenir au but de centralisation qu'il s'était proposé, il fallait que Philippe le Bel pût compter d'une manière absolue sur le dévouement de ceux à qui il était obligé d'avoir recours, soit pour exécuter ses ordres, soit pour le représenter dans les provinces. Il fallait surtout qu'il eût auprès de lui des conseillers fidèles dont les lumières lui vinssent en aide dans les occasions difficiles, dont le zèle ne lui fît pas défaut dans les situations délicates. Ses prédécesseurs sur le trône s'étaient contentés d'un petit nombre d'agents pour partager avec eux l'exercice du pouvoir central. Ils avaient autour d'eux quelques grands officiers, chargés tout à la fois de services intérieurs auprès de leurs personnes et de services publics pour l'expédition des affaires d'administration générale. C'étaient en même temps des ministres et des serviteurs d'un ordre élevé, qui passaient alternativement d'une fonction toute privée près du prince à une fonction plus étendue, dans l'intérêt de tous. Selon les circonstances, le chambrier^ le sénéchal, le bouteiller^ le fauconnier^ constituaient autour du trône un conseil de gouvernement. Indépen-
damment de ce conseil existait un autre conseil, plus nombreux, irrégulièrement composé d'hommes choisis par le prince dans les divers rangs de la société, mais principalement parmi les laïques et les clercs de la classe moyenne, pour donner leur avis sur des questions de toute nature, selon les besoins du moment.
On sait que, dans le principe, le roi, comme tous les suzerains féodaux, s'entourait de ses vassaux et arrière-vassaux, soit pour les décisions administratives qu'il avait à prendre, soit pour les arrêts judiciaires qu'il avait à prononcer. Avec le temps cet usage se modifia, par suite de la négligence que mirent les feudataires à se rendre à l'appel supérieur. II fallut recourir à des lumières plus exactes et plus sûres; et c'est ainsi que se forma peu à peu ce conseil d'hommes éclairés, soit par des études spéciales, soit par la pratique de certaines fonctions, auquel les rois furent souvent heureux de recourir pour n'avoir pas à subir, en fait de gouvernement, une trop lourde responsabilité. Ce conseil s'occupait de tout et prenait part à tous les actes importants de la royauté. Comme il était composé d'hommes de capacités diverses, il était consulté sur les divers objets dont se compose l'administration générale. On le réunissait pour rendre la justice, ou pour délibérer sur les intérêts des justiciables; on recourait à lui pour tout ce qui regardait les finances, les impôts, la grande comptabilité; on le faisait intervenir dans toutes les questions de haute politique, dans toutes les circonstances où s'agitait quelque point relatif à l'intérêt social ou territorial. Ce conseil, bien que composé d'éléments divers, constitua longtemps un corps unique, appelé à se réunir à des intervalles inégaux et à donner son avis