‹ Philippe le BelChapitre 52 sur 242 · LIVRE DELXIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE DELXIÈME. CHAPITRE II

sur toute espèce d'objets. Saint Louis, sans en modifier sensiblement la composition, commença toutefois à désigner ceux de ses membres qui, selon leurs aptitudes, seraient plus spécialement consultés, soit sur les finances, soit sur la justice, soit sur la politique générale.

Philippe le Bel fit un pas de plus : de ce corps unique, composé de membres dont les aptitudes étaient différentes, il fit trois divisions distinctes, se rapportant à chacune des grandes divisions de l'administration publique. Il y eut comme trois corps séparés, s'occupant chacun d'une série d'affaires bien déterminée, et spécialement appliqués, l'un aux affaires et aux questions de justice, sous le nom de Parlement, l'autre aux affaires et aux questions de finance, sous le nom de Chambre des comptes, le troisième aux affaires et aux questions d'administration proprement dite, sous le nom de Conseil d'État^ ou simplement de Conseil,

Le Conseil était rarement consulté sous Philippe le Bel, bien qu'il fût, en réalité, fréquemment réuni. Son rôle se bornait, en général, à l'approbation de l'avis du roi sur les diverses questions qui lui étaient soumises, en matière de lettres de grâces, de privilèges ou de confirmations de chartes. Les conseillers étaient choisis, partie parmi les clercs, partie parmi les laïques. Les premiers seuls étaient en titre d'office ; les seconds s'appelaient chevaliers-le-roi ou chevaliers de l'Hôtel^, Outre leurs fonctions de conseillers, ils remplissaient celles de grand sénéchal, de bouteiller, de chambrier, de connétable et de chancelier. C'étaient

' Reg. XXX et LVII du Trésor des chartes.

eux qui, en qualité de grands officiers, souscrivaient les chartes et diplômes émanés du roi. Parmi ces divers agents supérieurs de la couronne, le connétable et le chancelier paraissent avoir eu, sous Philippe le Bel, l'importance la plus considérable. Le premier commandait les armées, avait une juridiction fort étendue, possédait une autorité presque royale et finit par être investi de tels privilèges, que celui qui Toffensait était puni du crime de lèse-majesté. Quant au chancelier, il fut spécialement attaché à la per~ sonne même du roi, comme ayant la haute direction du secrétariat, et recueillant, en quelque sorte, jour par jour, heure par heure, pour leur donner la forme et l'authenticité nécessaires, les volontés nombreuses du souverain. C'était lui qui avait la garde du sceau royal, et qui le faisait apposer sur les lettres patentes et autres pièces contenant quelque faveur ou quelque concession. C'était lui qui délivrait les diplômes aux titulaires, après les avoir revêtus du monogramme du roi. C'était lui enfin qui figurait le premier dans tous les actes de l'autorité souveraine, et dont le nom seul suffisait pour donner à ces actes toute leur valeur.

Le titre de chancelier, comme celui de connétable, conférait à celui qui en était investi le privilège de l'inamovibilité. Aussi a-t-on remarqué que Philippele Bel eut plutôt des gardes des sceaux amovibles que des chanceliers inamovibles. L'importance qu'avaient ces fonctionnaires auprès de la personne royale, l'influence qu'ils acquéraient nécessairement auprès d'elle, par un contact incessant et forcé, devaient mettre le roi, destiné à tout réformer par le despotisme, en garde contre des suggestions dont il n'aurait pu facilement s'affranchir, de la part d'agents irrévocablement

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