‹ Philippe le BelChapitre 53 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE

attachés à lui. Un chancelier perpétuel ce pouvait convenir à Philippe, dont la volonté n'admettait pas de contradiction, même quand elle s'appliquait à des choses contraires au sentiment public. Un garde des sceaux révocable était plus commode : s'il lui répugnait de s'associer à certaines mesures et manifestait trop vivement son opposition, on le remplaçait par un autre, plus empressé de souscrire aux désirs du maître. C'est ainsi que, par suite de certaines circonstances dans lesquelles Philippe le Bel avait besoin du dévouement le plus absolu, une révolution s'opéra dans le personnel de la chancellerie, et des conseillers laïques furent investis de la garde du sceau et des fonctions de chancelier, à la place des dignitaires ecclésiastiques qui précédemment en avaient eu le privilège exclusif*. On comprend, en effet, que pour assurer le succès de mesures telles que le procès fait aux Templiers ou les querelles suscitées à Boniface YIII, il ne fallait rien moins que des hommes aussi dévoués que le furent les premiers laïques préposés à la garde du sceau, Pierre de Flotte et Guillaume de Nogaret. Sous la haute direction du garde des sceaux était le collège des notaires, ou clercs de chancellerie, chargés d'abord de l'expédition des lettres patentes, et plus tard de tous les actes de l'autorité publique, auxquels ils donnaient, en les contresignant, la formule de l'authenticité. De plus, le roi avait auprès de lui deux ou trois secrétaires intimes, chargés de recueillir par écrit, soit ses lettres privées, soit l'expression de sa volonté personnelle sur divers points d'administration. On a dit qu'il fallait voir dans

• BOUTARIC, p. 167. .

Texistence de ces secrétaires, appelés clercs du secret, l'origine de nos secrétaires d'État. Gela n'est pas impossible : le mot secrétaire^ qui s'est conservé jusqu'à nous, donne, en effet, l'idée d'une fonction primitivement confidentielle qui, en passant à travers les siècles, a fini par devenir une des plus hautes positions du gouvernement.

Telle était, sous Philippe le Bel, l'administration centrale ou générale, représentée par les fonctionnaires les plus rapprochés du trône et obéissant d'une manière absolue aux moindres ordres du souverain. Dans les provinces il en était de même, en ce sens que chacun des représentants de l'autorité royale était choisi de maniéré à assurer le succès de toutes les mesures dont l'initiative émanait du roi.

A cette époque d'enfance pour l'administration, tous les pouvoirs étaient confondus, tous les agents supérieurs avaient une autorité complexe dont l'action s'étendait, tout à la fois, sur les diverses branches du gouvernement, telles que les finances, la justice et l'armée. Quand on compare notre admirable système hiérarchique de fonctionnaires de tout ordre et de tout degré avec cette confusion de tous les pouvoirs, qui caractérise les premiers temps de la monarchie, on se demande comment, avec un si petit nombre d'agents, les plus anciens prédécesseurs de nos rois modernes pouvaient gouverner. Et pourtant un commencement de hiérarchie se faisait déjà remarquer dans les rouages administratifs; la féodalité avait établi, la première, un ensemble de subordination entre les feudataires de divers degrés; la royauté fit de môme, et comprit qu'entre les divers. agents de l'État il fallait un lien de commandement et de soumission, capable de les rat-

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