‹ Philippe le BelChapitre 54 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE II

lâcher l'un à l'autre et de commencer ainsi la grande œuvre de centralisation gouvernementale, qui devait devenir pour la France un principe de force et d'unité.

A la tête des représentants du pouvoir central dans les provinces, nous trouvons les baillis dans le nord et les sénéchaux dans le midi. Ces fonctionnaires supérieurs étaient investis, dans l'étendue de leurs circonscriptions, de tous les pouvoirs qui appartenaient au roi. Non-seulement ils avaient la haute direction des affaires purement administratives, mais ils jouissaient d'un droit de juridiction dont nous aurons plus tard à nous occuper. De plus, ils étaient à la tête de la perception des impôts et furent longtemps les seuls préposés au maniement des deniers publics. Ils avaient . une action sur la police générale de Jeur bailliage ou sénéchaussée. Ils avaient la surveillance des nombreuses corporations rivales, et principalement celle de la noblesse, sur laquelle ils avaient pour consigne spéciale d'avoir l'œil toujours ouvert. Pour rendre cette surveillance plus certaine et plus indépendante, on choisit de préférence parmi les roturiers les fonctionnaires supérieurs auxquels elle était confiée, et on les éleva jusqu'aux rangs suprêmes, à défaut de titres nobiliaires, en les comblant d'honneurs, de pouvoir et d'argent. Ces dignitaires eurent dans leurs circonscriptions des territoires d'une telle étendue, que plusieurs grands fiefs pouvaient y être compris et tomber ainsi sous une même juridiction. Le bailliage de Tours avait la Bretagne ; celui de Mâcon comprenait la Bourgogne; laGuienne et la Gascogne faisaient partie de la sénéchaussée du Périgord. Les chefs de ces grandes divisions administratives recevaient dl-

rectement du roi les ordres relatifs à leur administration et les exécutaient ensuite fidèlement, soit personnellement, soit par l'intermédiaire d'agents inférieurs, à qui ils les transmettaient avec une étonnante rapidité.

Les premiers agents inférieurs placés sous les ordres immédiats des baillis ou sénéchaux étaient les prévôts dans le nord et les bayles ou viguiers dans le midi. Celaient, dans le principe, plutôt des intendants de domaines que des fonctionnaires administratifs proprement dits. Leurs soins s'appliquaient principalement à la partie financière des territoires dont ils avaient la garde et la surveillance. Ils devinrent dans la suite de véritables fermiers royaux ou seigneuriaux, selon qu'ils administraient les domaines du roi ou des seigneurs dont ils affermaient les revenus. En môme temps, ils étaient investis d'une juridiction de police et de certains pouvoirs réglementaires sur les localités soumises à leur commandement. Il y avait en eux, comme en tous les autres fonctionnaires de la môme époque, une confusion de compétences sur toutes choses qui ne pouvait avoir que de fâcheux résultats. Saint Louis commença la réforme en interdisant aux prévôts de Paris tout droit de fermage sur les domaines de leur prévôté. La nécessité d'une telle mesure était d'autant plus pressante, que les prévôts de Paris avaient, en même temps, l'administration du bailliage et réunissaient ainsi deux pouvoirs supérieurs qui, dans les autres centres administratifs, étaient entièrement séparés. Philippe le Bel suivit l'exemple de son aïeul, en imposant aux baillis provinciaux le devoir, non-seulement de surveiller de la manière la plus rigoureuse la gestion des prévôts fermiers, mais en-

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