‹ Philippe le BelChapitre 56 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE II

du roi. Ils jetaient le trouble partout où ils se présentaient : si la justice locale avait prononcé la condamnation d*un criminel, ils transigeaient avec lui moyennant finance et lui faisaient rendre la liberté; si des inculpés avaient été reconnus innocents, ils reprenaient la poursuite et prononçaient contre eux une forte peine pécuniaire, à moins que ces malheureux n'aimassent mieux leur payer une somme égale à titre de transaction. Leur pouvoir s'étendait à tout; il leur suffisait de dire que tel ou tel avait prévariqué, pour avoir le droit d'exiger du prétendu prévaricateur, soit des obligations de payement, soit même la remise immédiate de sommes importantes. Tout cela était triste et ne pouvait durer; c'était un désordre tel, que jamais, à part les temps révolutionnaires, on ne vit pareilles exactions.

Mais c'était une époque transitoire dans les progrès de la monarchie. Philippe le Bel avait rêvé le despotisme avec toutes ses conséquences; il s'y complaisait comme dans son élément naturel, et ce despotisme, désastreux pour ceux qui en étaient accablés, devait avoir un jour de glorieux résultats. Qu'il l'ait voulu ou qu'il ne s'en soit pas préoccupé, Philippe le Bel, en tenant lui-même d'une main aussi ferme les rênes de son gouvernement, fut, en définitive, celui de nos rois qui contribua le plus à fonder l'unité gouvernementale à laquelle notre pays doit encore, de nos jours, sa gloire et sa grandeur.

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