‹ Philippe le BelChapitre 58 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE

revenus toutes les dépenses nécessitées par leur administration et celle de leurs préposés, puis transmettaient le reste à Paris pour être versé dans le trésor public. Leurs comptes s'établissaient ainsi de la manière la plus facile : ils présentaient le chiffre total de Icars perceptions, en déduisaient les payements par eux faits dans leurs circonscriptions et justifiés par des pièces régulières, puis mettaient l'excédant à la disposition des trésoriers royaux.

D'autres fois, ils procédaient autrement : c'était, par exemple, lorsque le pouvoir central, ayant eu quelque payement à faire sur un point éloigné, avait chargé le bailli de prélever la somme nécessaire à ce payement sur les revenus de son bailliage. Cette somme était remise contre un mandat délivré au titulaire de la créance, et ce mandat devenait pour le bailli comptable un titre justificatif du déficit apparent que présentait sa comptabilité. C'était alors, de la part de ce fonctionnaire, vis-à-vis des trésoriers royaux, ce que nous appelons en justice un payement en deniers ou quittances, autrement dit, une sorte de compensation se résumant en cette formule : « Je dois au roi tant pour les revenus de mon bailliage; le roi me doit tant pour ce qu'il a prélevé sur ces revenus; partant, jusqu'à concurrence de la somme prélevée, nous sommes quittes l'un envers l'autre de toute dette ou obligation. » Ce genre de comptabilité, loin d'avoir été complètement abandonné, est, au contraire, entré dans nos mœurs modernes, et chaque jour nous voyons nos receveurs des finances prélever diverses sommes sur leurs recettes périodiques, soit pour des frais de justice, soit pour des traitements de fonctionnaires, et ne verser au trésor que la différence, avec le com-

plément nécessaire de mandats régulièrement ac— quittés.

Après avoir ainsi prélevé sur le total de leurs recettes les sommes destinées à acquitter certaines dépenses de leur circonscription, les baillis envoyaient le reliquat au trésor central et rendaient leurs comptes aux trésoriers généraux. Pour éviter, soit une certaine confusion, soit des déplacements simultanés, ces comptes étaient reçus, pour chaque grande divisioa financière, à des époques différentes. Ces époques correspondaient aux principales fêles de Tannée. Aux octaves de la Toussaint^ de la Chandeleur et de V Ascension^ c'est-à-dire trois fois par an, les baillis de France et les sénéchaux de l'ancien domaine d'Alphonse envoyaient ou apportaient leurs comptes. Ceux de Normandie rendaient les leurs deux fois seulement, à loctave de Pâques et à la Saint-MicheL Enfin, le dimanche avant la Madeleine et l'octave de Noël étaient les époques fixées pour ceux de Champagne, qui comptaient aussi deux fois par an. On a recueilli de curieux renseignements sur la manière dont étaient expédiés au trésor les deniers formant le reliquat des comptes des baillis. De nos jours, où les opérations financières ont pour signe matériel plutôt une signature et un carré de papier que des sacs d'écus, on rirait volontiers de la bonhomie de nos aïeux; mais voici, en tout cas, comment ils procédaient : < Ils prenaient toutes les monnaies qu'ils avaient en caisse, les enfermaient dans des tonnes qu'ils plaçaient sur des charrettes, après les avoir scellées de leur sceau, et accompagnaient le tout à Paris, en apportant avec eux la note exacte de leurs recettes et de leurs dépenses, appuyée de pièces justificatives. » (Boutaric.)

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