‹ Philippe le BelChapitre 59 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE III

Gela se passait ainsi pendant les premiers temps du règne de Philippe le Bel, où les baillis et les sénéôhaux étaient seuls préposés au maniement des fonds publics dans leurs circonscriptions respectives. Avec le temps les choses se modifièrent; les détails de l'administration provinciale se multipliant à l'infini, les chefs des diverses divisions financières, qui avaient dans leurs attributions, non-seulement les finances, mais aussi la justice, la police, la surveillance générale de toutes les corporations et de toutes les branches d'industrie, ne purent suflîre à tant de travaux. Ils commencèrent par se faire aider par un clerc, ou secrétaire privé, qu'ils chargèrent d'abord de quelques écritures, puis qu'ils préposèrent entièrement à la gestion des finances, tout en restant eux-mêmes responsables de cette gestion vis-à-vis des agents supérieurs. Il y avait là un inconvénient qui ne tarda pas à se faire sentir; aussi ce clerc ou secrétaire financier de chaque bailli ou sénéchal devint^il bientôt, sous le titre de receveur^ un comptable officiel nommé par le roi, placé sous la surveillance du chef de Tadministnxtion provinciale, mais ne relevant, en réalité, que du pouvoir central ou souverain.

Il y eut assurément, dans cette partie de l'administration générale comme dans toutes les autres, des abus considérables qui ne se produiraient pas de nos jours, mais qui, à l'époque où ils se manifestaient, pouvaient avoir au moins un semblant de raison. Ainsi, il paraît certain qu'en vue d'obtenir plus proraptement les sommes d'argent nécessaires aux expéditions des premiers temps de son règne, Philippe le Bel affermait à des banquiers lombards ou florentins, et même à des Juifs, l'exploitation des taxes et

le produit des revenus publics. C'est lui qui, le premier, donna l'exemple de ces grands fermages qui se continuèrent en France jusqu'en 1789, et dont les titulaires, sous le nom de fermiers généraux^ amenèrent de si violentes et si justes représailles, à la suite de leurs rigueurs et de leurs concussions. Sous Philippe le Bel, de tels abus avaient leur excuse : la science Gnancière, si développée dans nos temps modernes, était à peine au berceau. Ce qu'on connaissait le mieux en pareille matière, c'étaient les besoins du moment. L'argent était rare; les dépenses étaient relativement considérables; il fallait à tout prix faire face aux nécessités les plus urgentes; un Juif italien se présentait et offrait la somme, moyennant un droit sur les impôts à percevoir; l'offre était acceptée, le contrat passé, et l'on ne s'apercevait que plus tard combien un tel contrat était préjudiciable à l'État, qui s'obérait de plus en plus, en subissant, de la part de ses fermiers, des conditions toujours onéreuses aux particuliers, que l'on surchargeait d'impôts dont le produit n'enrichissait, en définitive, que celui qui les avait affermés.

Nous avons dit un mot de la Chambre des comptes^ qui, sous Philippe le Bel, fut définitivement séparée du grand conseil, dont elle formait, comme le parlement, l'un des éléments principaux. Elle embrassait d^ns ses attributions l'ordre des finances tout entier, la conservation du domaine de la couronne et des droits qui en dépendaient, la surveillance générale de tous les agents financiers, enfin la vérification souveraine de toute la comptabilité des baillis, sénéchaux, receveurs et trésoriers de l'État. Sans la séparer de son Conseil, saint Louis avait commencé par la con-

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