LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III fi
tention à la propriété de la succession des bâtards de tout le royaume, dont Philippe le Bel s'empara, au préjudice des feudataires et malgré leur opposition. On en vint enfin, sur cette matière de perceptions plus yexatoîres les unes que les autres, à de tels excès, que de malheureux testateurs furent forcés d'abandonner au roi le cinquième de leurs biens, pour assurer après leur mort l'exécution de leurs dernières volontés.
Un contemporain de Philippe le Bel, Guillaume l'Écossais, a apprécié cet état de choses avec une sévérité remarquable : • Il y eut, dit-il, sous le règne de « ce roi, plusieurs maitôtes, centièmes, cinquantièmes, « décimes, et une foule d'autres exactions et tailles « fort lourdes. > C'est à ce règne, en effet, qu'il faut reporter l'origine du mot maltôte^ appliqué d'abord à une contribution spéciale qui, en 1292 S provoqua de la part du peuple de Rouen une émeute terrible, comme ayant été levée injustement (maie tolta, mal levée, mal perçue), puis étendu à toute espèce d'impôts et devenu même, pour ceux qui étaient chargés d'en opérer le recouvrement, une qualification injurieuse qui s'est conservée jusqu'à nous. On sait peu de chose sur la nature particulière de cet impôt, qui excita, lors de son établissement, de si énergiques protestations. Il y a toutefois lieu de croire que c'était une contribution indirecte sur les vivres et autres objets de consommation, consistant en un denier par Itvre, payable à la fois par le vendeur et par l'acheteur. Malgré son caractère vexatoire, cette contribution présentait cependant un côté favorable, et qui
' Historiens de France, t. XXI, p. 14.
98 PHILIPPE LR BEL
serait plus apprôcié de nos jours qu'il ne l'a été in temps de Philippe le Bel. Contrairement aux traditions féodales, qui alTranchissaient la noblesse et le clergé de toutes charges, elle frappait également toutes les classes de la société. Aussi les protestations les plus vives vinrent-elles plutôt des classes privilégiées que de la classe inférieure, qui cependant devait plus erx souffrir. C'était, de la part de Philippe, tout à la fois un moyen de procurer à l'État des ressources nécessaires, et une manifestation nouvelle de la ferme résolution qu'il avait prise de proclamer et de faire prévaloir le plus possible, dans son royaume, le principe de l'égalité.
D'autres impôts furent encore levés sur la généralité de la population. Chaque année, à raison des guerres continuelles, on recourait à la bourse des malheureux contribuables, soit pour un dixième, soit pour un cinquantième^ soit pour un centième de leurs biens. Le prétexte était la nécessité de pourvoir au service militaire; chacun était obligé de payer ainsi de sa personne ou de son argent pour assurer la défense ou l'agrandissement du territoire. Tous ceux qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas suivre l'armée devaient y suppléer pécuniairement dans la proportion voulue : les ecclésiastiques participaient à l'impôt comme les laïques; les chevaliers et les écuyers ne payaient rien, parce que, en vertu des principes féodaux, ils devaient, d'une manière absolue, leurs armes et leur sang à leur souverain.
Tout cela devenait, sans doute, autant de motifs de mécontentement dé la part de ceux que l'on pressurait ainsi; mais l'excuse et même le remède étaient à côté du mal. D'une part, les besoins de l'État étaient