LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE III
si pressants, que ces mesures multipliées n'avaient réellement pour mobile que la nécessité du salut public; de l'autre, l'impôt, pour la première fois, devenant général et frappant tout le monde sans distinction de rangs, était un progrès considérable vers la grande unité française que Philippe le Bel avait en Yue dans ses plans de gouvernement.
Nous avons dit que le clergé lui-même était soumis aux mêmes règles que les laïques, au point de vue de la perception de l'impôt : il devait, en effet, concourir, com.me toutes les autres corporations, aux principales charges d'État. Il y concourait de deux manières, par les biens personnels des clercs et par les bénéfices de l'Église . Les clercs, vivant cléricalement, c'est-à-dire dans le célibat et dans la pratique exclusive des devoirs ecclésiastiques, étaient affranchis des tailles personnelles. Mais leurs biens étaient imposés, comme ceux des laïques, dans la proportion de leur importance et de leur revenu, pour les besoins de l'État -et ceux des communes sur le territoire des(juelles ils étaient situés. Quant aux bénéfices de l'Eglise, ils donnaient lieu à une imposition spéciale, nommée décime, et consistant dans le dixième du revenu des biens de chaque communauté. Il y eut, à l'occasion de ce décime, des luttes assez vives entre Philippe le Bel et le clergé, qui trouvait que l'on abusait de sa faiblesse, d'une part, et de ses richesses, de l'autre, pour combler à ses dépens les déficits du trésor. U fallut réunir un concile d'évêques, en 1296, pour obtenir, cette année-là, un double décime devenu nécessaire. Les évêques consentirent à ce qui leur était demandé, à la double condition que le pape y donnerait son approbation, et que l'autorité laïque resterait
étrangère à la perception de l'impôt. Mais la commanauté de Ctteaux, qui n'avait pas été convoqaée, se ré?olta, protesta, refusa de payer et provoqua par ses réclamations la fameuse bulle Clericis laicoSy qui devint le point de départ des déplorables querelles de Philippe IV avec Boniface VIII*.
Philippe en était réduit à faire argent de tout : après avoir pressuré le clergé, la noblesse et le peuple, il s'en prit aux Juifs, aux Lombards et aux usuriers. Les Juifs étaient devenus pour lui, non-seulement une véritable propriété, mais encore une source considérable de revenus. Dès 1288, il avait fait main basse sur cette population qu'il considérait comme sienne, ratione regiœ celtitudinis, et sur laquelle il s'était réservé tout pouvoir. En 1299, son frère, Charles de Valois, lui vendit, moyennant vingt mille livres, tous les Juifs de son comté. Il en achetait aussi des divers seigneurs qui en possédaient, tant cette propriété d'un nouveau genre contribuait à augmenter ses ressources. 11 trouva même que les simples revenus de leurs biens ne lui suffisaient pas; il voulut tout posséder à la fois. Pour arriver à ce but, il prétexta certains méfaits commis par quelques Juifs et les expulsa tous, en saisissant, bien entendu, leurs trésors d'or et et d'argent, leurs maisons, leurs terres, leurs troupeaux et leurs meubles, dont la vente aux enchères produisit des sommes immenses qui, toutes, allèrent s'enfouir dans les coffres du roi. Des marchands italiens, connus sous le nom de Lombards, eurent le même sort que les Juifs, sous prétexte d'usure, et tous les usuriers, en général, furent frappés d'un double
» Kkkvyv, Recherches.