‹ Philippe le BelChapitre 64 sur 242 · LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. CHAPITRE

subside, à l'occasion de la guerre de Flandre, en 1303 *. Enfin, on sait déjà qu'un des grands motifs de Tarrestation et de la condamnation des malheureux Tenapliers a été le désir de s'approprier tous leurs biens.

Tout cela ne sufiSt pas encore à l'avidité de Philippe le Bel, qui finit par recourir |iu moyen le plus déloyal qu'un prince puisse employer pour s'enrichir, c'està-dire à l'altération des monnaies. Le droit de battre monnaie n'appartenait pas, tout d'abord, exclusivement au roi; presque tous les feudataires en jouissaient, même sous saint Louis. Mais, peu à peu, le nombre de ceux qui en étaient investis diminua; le privilège de la royauté s'en accrut proportionnellement, et Philippe le Bel ne tarda pas à jouir à peu près seul de ce droit énorme, soit en l'achetant à quelques-uns de ceux qui le possédaient encore, soit en l'usurpant sur le plus grand nombre. Une fois maître absolu de cet élément de fortune, Philippe ne fut pas longtemps sans en abuser. Sous prétexte de réforme et d'amélioration, il rendit ordonnances sur ordonnances, jusqu'au nombre presque incroyable de cinquante-six, pour provoquer des refontes de monnaies, et chacune de ces refontes eut pour résultat une dépréciation. En 1302, il ordonna à toule personne, quel que fût son rang, d'apporter à la monnaie royale la moitié de sa vaisselle d'argent, pour être fondue et convertie en numéraire^. La vaisselle était d'argent pur, mais le numéraire n'était que de l'alliage, et la différence enrichissait le trésor au préjudice de ceux

' Trésor des chartes, reg. XXV, n» 109. * Ord., t. XII, p. 352.

dont on avait exigé un tel sacrifice. Philippe usait, il est vrai, d'un droit royal et seigneurial dont ses prédécesseurs n'avaient pas craint de se servir quelquefois, en cas de pressants besoins; mais de Tusage il passa trop vite à Tabus, et dut bientôt s'apercevoir que ces mesures violentes et déloyales, loin de procurer les bénéfices qu'on s'en promet, appauvrissent le pays qu'elles affligent, en arrêtant les transactions, en dispersant les fortunes et en ruinant le crédit. S'il ne s'en aperçut pas lui-même, un de ses contemporains, Pierre Dubois, le lui fit remarquer en termes énergiques, dans un mémoire qu'il lui adressa, el dont voici les passages les plus saillants :

c Vos subjects ont supporté récemment et supporc teront encorre, par le changement des monnoies, « des pertes auxquelles on ne sçauroit comparer celles « qu'ils ont faictes par suite de la guerre. En effect, « revenus en argent, pour les nobles comme pour les

< aultres, ne sont pas augmentez, car ils reçoibvent « ung seul dexnier au lieu' de deux. D'ung aultre « côté, les objects nécessaires pour se nourrir et se « vestir sont deux fois plus chiers, par la raison que « ceulx qui exportoient du numéraire préfèrent main- « tenant exporter des marchandises qu'ils laissoient

< autrefois dans le roïaume. Ils les acheplent plus « chier, parce qu'il y a plus d'acheteurs, et ils les « vendent en conséquence : c'est ainsi que la présence « d'une nombreuse armée faict renchérir les vivres. « Aujourd'huy, quiconque apporte en France quel- « ques produits estrangers remporte en eschange « d'aultres objects, comme s'il n'y avait pas de numé- « raire chez nous; car, pour les estrangers, la mon- « noie noire n'est pas de la monnoie, et la France

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