‹ Philippe le BelChapitre 65 sur 242 · LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. CHAPITRE

n a de numéraire qu'autant qu'elle a de l'or et de l'argent blanc. Quiconque doibt transporter hors du roïaume trois cents libvres de revenu en perd le tiers, parce que, avant le changement de la monnoie, on avoit plus d'or et plus d'argent pour deux cents libvres qu'aujourd'huy pour trois ceuts. Des pertes non moins grandes en sont résultées pour les pauvres et pour les egglises, qui se trouvent privez des aulmônes et des largesses habituelles, parce qu'on manque de menue monnoie. Tous les subjects du roïaume sont donc victimes de ces changements, excepté le prince, les fermiers et les fabriquans de monnoies. Comment donc réparer des pertes si grandes et si générales, qui ont frappé la population entière du roïaume ? C'est à quoy debvroient réfléchir les conseillers et les aucteurs de ces mesures, s'ils pensoient qu'ils doibvent ung jour mourir*. »

On ne sait quel fut le sort de cette lettre, si pleine d'un bon sens applicable à tous les siècles et à tous les règnes. Toutefois il est certain qu'elle n'arrêta ni Philippe le Bel ni ses successeurs, qui, partageant la même erreur ou les mêmes besoins, ne se firent pas faute de recourir aux mêmes expédients et aux mômes abus.

Mais tout le monde ne fut pas du même avis que Pierre Dubois sur le fait de l'altération des monnaies : tandis que les uns protestaient contre cette altération, quelques autres vantaient, au contraire, ses avantages, tant il est vrai que les princes, quelque mal qu'ils fassent, trouvent toujours des complaisants

' ^mma brevis, Bibl. imp., n» 6222, fol. 32.

pour les ^rvir et des courlisaas poar les admirer. Parmi ces derniers, il en est an dont le nom n'a pas été conservé, mais dont l'opinion mérite d'être rapportée en regard de celle que 1 on vient de lire. L'auteur anonyme de cette opinion, après avoir énuméré les raisons principales qui lui font craindre que la bonne monnaie sorte trop facilement de France pour enrichir l'étranger, continue en ces termes : c A ce c que ils pourront dire que Ion exporte plus de < marcheandises du réanime de France que Ton i apc porte, mal dient, quar nous n'avons nule mar- « cheandise au réanime de France qui ne viengne de « hors le réanime, et encore excepté pou de draps et c de toiles qui pourroient estre pris au réanime, et c encore viennent les laines de hors le réaulme en c partie, et pou d aultre chose. Et ce puet-on sçavoir c par le yssues et entrées et par ceulx qui en cueillent « les coustumes. »

Voilà donc où en étaient réduits l'industrie et le commerce français, par suite des guerres incessantes, des impôts multipliés et des nombreuses falsifications de monnaies qui signalèrent les quatorze dernières années du règne de Philippe le Bel. La France produisait peu, n'exportait rien, attendait du dehoi-s toutes ses ressources, et, par conséquent, manquait du principal élément de la vie et de la richesse des peuples, c'est-à-dire de relations commerciales avec l'étranger.

Cependant plusieurs traités de commerce paraissent avoir existé entre Philippe le Bel et quelques nations voisines. Sous les règnes précédents, le passage régulier du détroit de Gibraltar par les navigateurs, en ajoutant la route de mer aux routes de terre, si défec-

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